Scènes

Création au Festival d’automne à Paris d’une pièce avec 25 danseurs, comme un torrent de danse.

Aussi riche que le festival d’Avignon, le Festival d’Automne à Paris se déroule encore jusqu’au 31 décembre, proposant près de 70 spectacles, dans plus de 40 lieux, avec comme invité central cette année le chorégraphe Jérôme Bel.

Le week-end dernier, Boris Charmatz, chorégraphe qui, comme Jérôme Bel, interroge les fondements de la danse, y créait au Palais de Chaillot, « 10000 gestes ».

Charmatz est un habitué des scènes belges, venu souvent au Kunsten et au Kaai (il y a par exemple joué « Enfant » créé en ouverture d’Avignon en 2011). Il avait aussi dansé un duo avec Anne Teresa de Keersmaeker, Partita 2.

Explorant les limites infinies de la danse, il part souvent d’un concept dont il explore les potentialités. Ici, il s’est demandé ce que donnerait 25 danseuses et danseurs sur scène pendant 1h20 faisant 100000 gestes au total, soit un minimum de 400 gestes par danseur. Ce serait, dit-il, « comme une pluie, un torrent gestuel ininterrompu, qui par la débauche et la vitesse de mouvements, produirait une concentration extrême du regard. »

Les 25 excellents danseurs, tous avec leur personnalité propre, leur style, leur passé, inventent eux-mêmes la plupart de leurs gestes et de leurs liens aux autres danseurs. « On essaie de tout faire, de tout danser. On est comme dans les dessins animés de Tex Avery, lorsqu'il se retrouve dans le vide et qu'il continue à courir au-dessus du vide avant de tomber... Nous, nous restons dans ce moment-là : linstant avant la chute. Est-ce que la danse, ce n'est pas justement ça ? Rester en suspension, dans un espace-temps à part ? »

Pluie de gestes

Des gestes improvisé qui n’ont donc lieu chaque fois qu’un seul soir, des gestes éphémères et gratuits.

Bien sûr, Charmatz a dû orchestrer quelque peu cette « pluie ». Il y introduit quelques mouvements qui s’intercalent comme une colonne vertébrale. De ce chaos « organisé », naissent sans cesse des formes éphémères, des duos, des groupes, des scènes belles ou surprenantes, drôles ou quelconques, mélancoliques ou trop stridentes (trop de cris), fougueuse ou lentes. Cela ressemble à un vol d’étourneaux qui battent follement des ailes avant de retrouver brusquement un unisson et de changer de cap dans le ciel.

Naissent mille images, toujours sur la musique du Requiem de Mozart. La part de hasard et la collision des gestes hors du carcan d’un plan précis, créent une mer fascinante de corps, de désirs, de déséquilibres, de beauté et de folie furieuse et désordonnée.

Festival d’automne à Paris encore jusqu’au 31 décembre.