Scènes

Il est de ces spectacles où dès le lever de rideau, vous êtes envahi par cette insondable sensation que vous allez passer un bon moment. Voire un excellent moment. "Boxe Boxe Brasil", à Wolubilis jusqu'au 27 janvier (1), du danseur et chorégraphe français Mourad Merzouki est de ceux là.

Sur une scène en damier noir et blanc se dessinent sous un éclairage feutré les sihouettes de quatre musiciens classiques – le quatuor à cordes Debussy – assis sur des chaises à roulettes à la longiligne structure en fer forgé. Des notes de violons, alto et violoncelle envahissent le plateau. Puis, d'un ring de boxe aux dimensions volontairement rétrécies émergent par à coups des bras aux mains nouées de gants de boxe jaunes, qui tantôt bougent de concert, tantôt s'affrontent pour mieux s'unir.

Une incroyable énergie

Le décor est posé, l'ambiance créée. Pendant une heure, neuf danseurs brésiliens s'engagent dans un poétique corps-à-corps entre la boxe et le hip hop. La grande subtilité du travail de Mourad Merzouki s'inscrit dans sa capacité à brouiller les cartes: qui le spectacteur a-t-il devant lui: des boxeurs, des danseurs ou les deux?

Boxeur lui-même depuis ses 7 ans mais aussi danseur de hip hop depuis son adolescence, Merzouki sait, connaît, a détecté et disséqué ce qui rapproche ces deux disciplines a priori totalement étrangères l'une à l'autre : la souplesse, le positionnement des pieds, le rythme, la concentration,... La force de sa chorégraphie, c'est cette incroyable énergie qui émane de ses danseurs, portés par un rythme auquel on ne s'attend pas dans le hip hop ­ - souvent associé au rap -: celui de la musique classique, ici teintée des sonorités chaudes de Giuseppe Verdi, Astor Piazzolla, Heitor Villa-Lobos,... Et le résultat est bluffant: les morceaux choisis prennent aux tripes et collent parfaitement à la dynamique des enchaînements de mouvements. Car si le hip hop et la boxe se caractérisent avant tout par la prouesse physique de leurs interprètes, elle est, dans "Boxe Boxe Brasil", savamment et élégamment distillée dans chacun des tableaux.

Mélange des genres et humour

Mais ne vous y trompez pas! "Boxe Boxe Brasil", ce n'est pas "que" du hip hop et de la boxe. Mourad Merzouki se plaît depuis toujours à mélanger les genres, décloisonner les arts, abolir les frontières entre la rue et les salles de spectacles. Comme dans ce magnifique tableau où, seul sur scène dans un rais de lumière blanche, un danseur défie un sac de frappe à coups d'aériens jeux de jambes de capoeira. Ou encore lors de cet (d)étonnant face à face entre les danseurs et leur putching ball sur ressort, où ils dansent à l'unisson, leur putching ball oscillant tel un métronome, dans un rythme haletant mêlant figures de hip hop et danse contemporaine.

Faciné par l'univers du cinéma muet, Mourad Merzouki n'hésite pas non plus à saupoudrer son spectacle d'une sympathique dose d'humour, confiée à un danseur-arbitre costumé à la manière d'un bonhomme Michelin au large noeud papillon noir, qu'il remet impeccablement en place en toute circonstance et en musique (!). Un excellent moment on vous a dit.

Stéphanie Bocart

(1) "Boxe Boxe Brasil" qui se joue jusqu'au 27/1 à Wolubilis à Bruxelles est complet. Mais Mourad Merzouki présentera le 30 janvier à 20h au Palais des Beaux-Arts de Charleroi (place du Manège à 6000 Charleroi) le spectacle "Cartes blanches" à l'occasion des 20 ans de sa compagnie "Käfig". Infos et rés.: m.charles@pba.be – 071.58.52.86.