Scènes Mêlant danse, vidéos et texte, les Baladins du Miroir racontent avec élégance le triste destin de l’artiste.  Critique.

Camille… Un prénom évocateur de destins dramatiques, que l’on pense à la douce de Perdican ou à la sœur de Claudel, l’élève de Rodin, qui deviendra sa muse. Jusqu’à ce qu’elle dépasse le maître, ce que le sculpteur ne supportera jamais. De ce personnage, de cette femme et artiste hors du commun, "Les Baladins du Miroir" s’emparent de bien élégante manière dans leur nouvelle création, "Camille" à l’affiche de l’Atelier Théâtre Jean Vilar.

Apparaissent d’abord en ombres des arbres décharnés et tristes comme l’hiver. Puis un échange de courrier entre le directeur qui encourage la sortie d’asile de la pensionnaire et sa mère qui insiste pour qu’on la maintienne enfermée. Seule sur scène, abandonnée de tous, Camille écrit désespérément à son frère, à ses parents, à ses proches qui tous l’abandonnent.

Flash-back ensuite vers le printemps de la vie, au cœur des frondaisons et d’une Camille, Marie Avril, pétulante, pleine d’entrain, de détermination, qui se révélera plus convaincante sous le joug de la colère, celle orgiaque qui l’enlace à la glaise ou l’autre, qui dénonce l’inacceptable condition féminine. Elle échange avec Paul, Virgile Magniette, un très habile dandy. Chacun défend son art. Elle s’applique pour contenter son professeur, Auguste, un Bernard Sens qui incarne la puissance du maître. En pleine création de "La Porte de l’Enfer", une de ses œuvres majeures, Rodin décide d’en extraire "Le Baiser" qui dit tant sur l’amour fou de ces deux génies au solstice d’été.

Apparaîtra ensuite le bouleversant "Age mûr" de Camille Claudel (1864-1943). Une femme s’agenouille au pied d’un homme attiré par d’autres ailleurs et sonne l’automne de leurs amours. Ces sculptures glissent sur la toile pendant que lui répondent deux danseurs, Robin Capelle et Juliette Colmant ou Caroline Givron, qui, par ces chorégraphies de Nono Battesti, jouent les didascalies entre deux scènes. Cette succession d’intermèdes dansés, doux et illustratifs, dont on ne devrait pas abuser, scandent le récit qu’on ne se lasse d’écouter. Quelques effets aériens de scénographie habillent le plateau dans ce théâtre total de Nele Paxinou pour une mise en scène aux notes originales dont la ligne de force reste l’histoire et l’excellent texte de François Ost.

Louvain-la-Neuve, jusqu’au 26 janvier à l’Atelier Théâtre Jean Vilar. Infos : 0800 25 325 ou www.atjv.be. Durée : 1h40. Le texte de François Ost est publié aux éditions Lansman et en vente à l’issue de la représentation.