Scènes

À 50 ans, le théâtre de Charleroi se laisse couronner. Garden party et focus sur la pauvreté en vue.

Une soirée électro et un focus intitulé “Pauvres riches !” pour lancer une saison royale, voilà qui ne manque ni de sel ni de paradoxe. À l’instar de cette royale appellation qui, en Belgique, vient labelliser les institutions, théâtres, clubs sportifs ou autres qui atteignent cet âge canonique, faisant preuve, par là, d’une certaine ténacité. Un titre qui se sollicite auprès du Palais, même parfois par les plus antiroyalistes, comme souvent les gens de la balle qui préfèrent battre le pavé plutôt que lustrer les cuivres.

Cette contradiction, Jean-Michel Van den Eeyden, à la tête de l’Ancre depuis dix ans, l’admet volontiers : “Je suis issu d’une famille très royaliste. Moi, je ne l’ai jamais été mais je considère que la Royauté est le ciment de notre pays. Elle affiche en outre un second degré qui n’existe nulle part ailleurs. Je crois aussi au pouvoir des mots. Je ne dirai pas “Le Théâtre royal de l’Ancre” mais “L’Ancre, théâtre royal”, en guise de clin d’œil. Le terme royal donnera un autre regard. Je pense que dans l’inconscient collectif, il est un gage de qualité. Il marque aussi l’histoire, le chemin parcouru.”

"L'adjectif royal marque l'histoire,
le chemin parcouru"
- Jean-Michel Van den Eeyden, directeur de l'Ancre

Et quel chemin ! Depuis l’ouverture d’un secrétariat, rue de l’Ancre, à l’arrière du Palais des Beaux-Arts de Charleroi, jusqu’à la construction prochaine d’un nouveau bâtiment rue de Montigny, moyennant un budget de six millions d’euros, le petit théâtre carolo aura tracé sa route. En nommant, voici dix ans, Jean-Michel Van den Eeyden à sa direction, le théâtre affichait déjà une volonté de s’ancrer dans la ville. Metteur en scène engagé et directeur parfois tempétueux, il ne reprenait pas la barre pour ronronner mais bien pour monter des projets importants comme “Un homme debout”, récit autobiographique d’un jeune condamné à perpétuité. Un spectacle tellement fort qu’il est devenu d’utilité publique.


Il y eut aussi la mise en lumière des mappings vidéo avec le Dirty Monitor aujourd’hui reconnu sur la scène internationale, la présence d’une artiste associée aussi essentielle que Françoise Bloch et le festival “Kicks !”. Mais également la mise en scène de “Nés poumon noir” de Mochélan, poète du cru dont le théâtre musical sera monté, en cette année faste, en version royale sur la grande scène du Palais des Beaux-Arts, celle de “La vedette du quartier” et la création de “Liebman renégat” de David Murgia, deux spectacles présents à Avignon, là où l’Ancre et le Poche se sont associés pour créer l’Eldoradôme, nouveau lieu belge en la Cité des Papes. Autant de pierres à l’édifice avec lequel il faut désormais compter.

Pauvres riches !

Rendez-vous dès lors ce samedi 16 septembre pour l’ouverture de saison qui oscillera entre une soirée électro avec Etienne de Crécy, DJ Pierre du Fuse, mapping vidéo de Dirty Monitor, le tout sur le ring de Charleroi et une Royal Garden party, très ambiance palais de Laeken, le dimanche. Avec remise du titre à la clé.

Ne ratez pas, ensuite, dès le 9 octobre, le focus “Pauvres riches !” venu répondre à l’une des préoccupations les plus aiguës de notre interlocuteur : la tendance actuelle à ne plus combattre la misère ni partager les richesses. Avec “Laïka” d’Ascanio Celestini et David Murgia ou “On a fort mal dormi”, un monologue de Patrick Declerck, qui risque de changer notre regard sur les SDF ! Le psychanalyste, qui a travaillé aux côtés des clochards, a été jusqu’à dormir en centre d’accueil pour comprendre leur réalité. Bien loin des ors du palais.

© L'Ancre

  • Charleroi, l'Ancre, théâtre royal. Ouverture de saison les samedi 16 et dimanche 17 septembre. Infos : 071.314.079 ou www.ancre.be