Ce que dit le journal d'Anne Frank

Marie-Anne Georges Publié le - Mis à jour le

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Scènes Dans un monde habité par l’intolérance et la haine, monter "Le Journal d’Anne Frank" était une nécessité impérieuse pour le Théâtre royal des Galeries. Une mise en scène de Fabrice Gardin.

Tout le monde a déjà entendu parler d’Anne Frank et de son journal. L’histoire d’une adolescente, obligée de se cacher avec sa famille pendant la guerre à cause de leurs origines juives. Quand David Michel et Fabrice Gardin ont réfléchi, il y a plus d’un an, à la saison 2017-2018 du Théâtre des Galeries, monter "Le journal d’Anne Frank" s’imposait. "Rappeler de temps en temps l’Histoire ne fait pas de mal quand on voit l’intolérance et la haine qui habitent notre monde" estime le metteur en scène Fabrice Gardin, qui considère, humblement, qu’en tant qu’artiste, c’est son "petit travail", de rappeler ce qu’on aurait tendance à trop vite oublier du passé. "Il suffit d'ouvrir son journal et de voir ce qui s'est passé en Autriche, ce week-end" soupire-t-il. Et d'insister : "On ne monte pas "Un dîner de cons" (même si cette pièce n'a jamais été à l'affiche des Galeries) comme on monte "Le journal d'Anne Frank". Forcément, il y a des spectacles qui portent à la discussion et à la réflexion plus que d'autres. Cela fait un bon mois et demi que nous discutons et établissons des parallèles avec l'actualité."

"On ne monte pas
Le Dîner de cons
comme on monte
Le Journal d'Anne Frank"

- Fabrice Gardin, metteur en scène

"On a aussi pensé à cette pièce, continue Fabrice Gardin, parce qu'il y a une expo qui tourne en ce moment dans les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle vient directement du musée Anne Frank à Amsterdam. Quand je me suis renseigné sur cette expo, je suis retombé sur les écrits de Otto Frank, le papa, qui a publié le journal. Il y avait une phrase qui m'a sauté aux yeux. Après la publication, il a reçu beaucoup de messages. Il y répondait en faisant part de son espoir que le journal puisse oeuvrer à la réconciliation entre les gens, entre les peuples. Cela nous semblait un beau message à faire passer aujourd'hui."

Vu l’urgence du propos, Fabrice Gardin n’a pas fait le choix d’une nouvelle adaptation mais a opté pour une qui existait déjà, celle de Frances Goodrich et Albert Hackett - la seule avalisée par Otto Frank. "Une nouvelle adaptation aurait demandé trop de temps - la Maison Anne Frank à Amsterdam étant très pointilleuse sur la question. Par ailleurs, j’ai lu beaucoup d’autres adaptations et c’est vers celle-là que je revenais tout le temps." Cela n’empêche que Fabrice Gardin a quelque peu actualisé sa langue, "pour qu’elle soit plus moderne et plus proche de nous. Qu’elle s’adresse aux gens d’une façon peut-être plus directe." Il a procédé à des coupes, des interversions ainsi qu’à la suppression d’un des personnages. "Je n’ai gardé qu’un des deux personnages qui aidaient la famille en apportant les provisions, afin de densifier sa personnalité" explique le metteur en scène.

"Le témoignage d'une fillette"

Avec la scénographe Anne Guilleray, il a fait le pari de montrer sur scène toutes les pièces de l’Annexe, où s’étaient réfugiées la famille Frank et quatre autres personnes. "On voit tout le monde tout le temps. Même si l’action se situe dans la chambre de Pieter, entre Anne et lui, il faut que les autres pièces vivent" explique Fabrice Gardin. Qui insiste pour dire qu'il n'a pas construit ce spectacle seul. Vingt personnes gravitent autour du metteur en scène pour cette production. "Comme c'est un spectacle d'époque, il faut quelqu'un qui s'occupe de manière rigoureuse des accessoires, il faut aussi que les costumes soient parfaits, etc."

© Martin Gallone

Le spectateur suit donc la vie quotidienne de huit personnes obligées de vivre ensemble les unes sur les autres pendant 2 ans. "Anne Frank s’est fait la chroniqueuse de ce quotidien où des gens de caractère, de tempérament et de sensibilité différentes, qui ne se connaissent pas forcément, qui n’ont pas spécialement envie de vivre ensemble vont être obligés de le faire. Ce qui m'a marqué, insiste Fabrice Gardin, c'est qu'il s'agit du témoignage d'une petite fille, une personne ordinaire, comme vous et moi, ce n'est pas un travail d'historien."

Fabrice Gardin espère en avoir fait un spectacle vivant. "On les voit faire la fête, quand ils apprennent le débarquement. Après, l’émotion arrive parce qu’on connaît la fin" relève le metteur en scène, qui voulait mettre en lumière qu’Anne Frank n’avait jamais baissé les bras et avait gardé jusqu’au bout foi en l’homme.


Juliette Manneback incarne Anne Frank

"Juliette est sortie du conservatoire de Mons l'année dernière. J'ai fait ma distribution en pensant à tous les autres rôles. David Michel était d'accord avec mes choix et j'ai eu la chance que tous les acteurs étaient libres et emballés", se réjouit Fabrice Gardin. Puis, il a fallu trouver la jeune comédienne. Fabrice Gardin a fait le pari de passer par le CAS (Centre des arts scéniques). Pendant une semaine, il a travaillé avec une vingtaine de comédiennes. "On s'est rencontré, on a testé, on a essayé, on a fait différents couples. Par exemple, le "couple" que Anne forme avec sa soeur Margot. Il fallait que leurs rapports soient justes et forts." Après que Juliette a été choisie, le metteur en scène a commencé, en juin, à travailler avec elle par le biais de lectures puis de répétitions. "Elle fait 14 ans puis elle évolue avec le spectacle. Elle est pleine de fraîcheur et d'intelligence, ce qui correspond, je trouve, assez bien à ce que je cherchais" s'enthousiasme Fabrice Gardin. A partir du mois d'août, ces dernières se sont intensifiées. "Uniquement les après-midi, mais durant 4-5 heures. Cela reste un texte. On y pense, on y réfléchit. Une fois que les comédiens sont sur scène, ils n'en sortent plus. C'est un spectacle assez physique."


Marie-Anne Georges

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