Scènes

Le collectif bruxellois Transquinquennal retrouve l’auteur argentin Rafael Spregelburd, à qui il a commandé et dont il monte "Philip Seymour Hoffman, par exemple". Au Varia dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts. Avant-propos.

Transquinquennal au Kunsten, ça s’est vu, et plusieurs fois : notamment avec "Filatures" en 1995, avec "Coalition" en 2009, cocréation du collectif et de son pendant néerlandophone Tristero, avec "Quarante et un" en 2014, 41e pièce de la compagnie qui ne s’est pas arrêtée là.

Transquinquennal et Rafael Spregelburd, on y a goûté, et comment ! "La Estupidez", comédie apocalyptique et décapante, a marqué les esprits.

Cette fois les Bruxellois ont commandé à l’Argentin une pièce neuve, qui partirait de leurs "envies suspendues", autour notamment de la question de l’identité. "On croit qu’on est quelqu’un alors que ce sont les autres qui nous définissent comme individu."


Dans l’histoire du collectif, il y a des spectacles sur des textes préexistants (Philippe Blasband, Eugène Savitzkaya, Wallace Shawn, Marc Wellman, Jean-Marie Piemme, Paul Pourveur…), des adaptations, des créations originales, des commandes aussi, comme jadis à Oriza Hirata ("In het bos/Dans les bois"), comme aujourd’hui à Rafael Spregelburd.

Lorsqu’ils lui envoient leur idée, l’acteur américain Philip Seymour Hoffman vient de mourir. Et, dans une newsletter, le journal spécialisé "Variety" s’interroge : faut-il le numériser pour clôturer la saga "Hunger Games" ? Transquinquennal embraie : si on le numérise, ce sera l’acteur ou le personnage ?

Du Japon au Canada

"J’ai reçu le sujet et le titre en même temps", raconte Rafael Spregelburd, de passage à Bruxelles fin janvier pour travailler en studio avec la compagnie. "Je pouvais en faire tout ce que je voulais." L’auteur cite également le philosophe français Clément Rosset et ses travaux sur l’identité socialement construite, par imitation notamment. "J’ai commencé à écrire l’histoire d’un acteur japonais et d’une très jeune fille de 14 ans qui connaît tout de lui, une vraie experte. Tout est effrayant au Japon…"


Dans la pièce qui voit le jour cette semaine au Varia, dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts, trois histoires s’entremêlent, explique l’auteur. "La fin est celle d’une autre pièce. Et l’épilogue se passe au Canada avec de tout autres personnages." Mais aussi tout le monde prend Stéphane Olivier (membre de Tansquinquennal) pour Philip Seymour Hoffman. "À un moment, la pièce elle-même change d’identité, souligne l’acteur. Rafael se sert de la fiction comme un moyen d’impliquer le public, ce qui est une manière de requestionner la fiction elle-même."

"C’est pourquoi c’est du théâtre, rebondit Rafael. Ils font semblant d’être quelqu’un d’autre, on fait semblant de le croire. C’est une cérémonie étrange, qui ne peut se produire qu’au théâtre."

Étrange aussi, pointe Bernard Breuse, le fait de répéter dans un endroit (les ateliers de la Monnaie) "où tout à coup on a cru, en 1830, en la possibilité d’existence de la Belgique".


En 2008, dans le processus théâtral de rencontres expérimentales "Blind Date" (entre un sujet, un commissaire et un invité, différents chaque semaine), Transquinquennal se demandait comment organiser son propre étonnement. "Notre propre surprise est la base de ce qu’on veut transmettre au public", dit aujourd’hui, pareillement, Stéphane Olivier. "Simplement, il faut se mettre d’accord sur ce qui doit être surprenant."

Le réel, la fiction, leur remise en question : les piliers du travail de Transquinquennal, s’ils ne varient guère, produisent des formes et des matières scéniques toujours différentes. Sans jamais épargner les membres du collectif ni sous-estimer les spectateurs. Ce pourquoi, depuis tant d’années, leurs recherches et propositions continuent de nous intriguer.


  • Bruxelles, Varia, du 11 au 14 mai, à 20h30 (dimanche à 18h). Durée : 2h15 env. En français, surtitré nl. et en. De 14 à 18 €. Infos & rés. : 02.210.87.37, www.kfda.be
  • "Philip Seymour Hoffman, par exemple", avec Bernard Breuse, Miguel Decleire, Manon Joannotéguy, Stéphane Olivier, Mélanie Zucconi. Scénographie & costumes : Marie Szersnovicz. Création lumière : Giacomo Gorini. Création son : Jean-François Lejeune, Raymond Delepierre. Conseiller vidéo : Arié Van Egmond.
  • Coproduit par les 4 centres dramatiques de la CFWB (projet 4à4), le spectacle sera présenté en octobre à Namur, Liège et Mons, puis en décembre à nouveau au Varia. Voir d'autres vidéos à propos du spectacle sur www.varia.be