Ceci n’est pas une critique

Marie Baudet, envoyée spéciale effarée à Avignon Publié le - Mis à jour le

Scènes

Je suis une mouette. Non, ce n’est pas cela. Je suis une journaliste effarée.

"Des formes nouvelles, voilà ce qu’il faut. Et s’il n’y en a pas, autant ne rien faire", brame Treplev, rêvant de mettre la pâtée au théâtre à l’ancienne au profit du neuf et de la jeunesse. C’est là toute la difficulté de "La Mouette" qui, à l’extrême fin du XIXe siècle, allait "à l’encontre de toutes les lois de la scène", selon les mots même de Tchekhov. Et qui, aujourd’hui, figure au firmament du répertoire, avec une aura de classique.

Et non, il ne suffit pas à Arthur Nauzyciel de déplacer la mort de Treplev de la fin au début (et de placer dans la bouche de sa mère les mots initialement prononcés par Nina) pour renouveler l’approche; du moins quand cet effet n’est qu’un procédé artificiel et vain.

Une autre "Mouette", elle aussi à l’affiche à Avignon, assume ce parti pris : Myriam Saduis a osé une vraie réécriture dramaturgique pour livrer un spectacle sensible et palpitant, "La Nostalgie de l’avenir" (joué aux Doms jusqu’au 28 juillet, créé à l’Océan Nord à Bruxelles, et nominé aux Prix de la critique 2011-2012). Point de vue neuf, reconstruction habile, interprétation incandescente et retenue.

Mais revenons à la Cour d’honneur. Si la proposition doit être flatteuse, voire la contrainte écrasante, faut-il pour autant s’appesantir sur chaque syllabe, chaque mot, chaque tirade ? Faut-il étirer le propos - connu - sur quatre heures quand deux auraient suffi ?

Malgré la majesté du lieu et de la scénographie, malgré la musique de Winter Family s’échappant de la fenêtre de l’Indulgence (!), malgré les mouvements chorégraphiés par Damien Jalet, on a la tenace impression d’assister à un championnat interclubs de déclamation, option diction/articulation (c’est qu’il faut tenir tête au mistral, voyez-vous). Ce qui pourrait passer pour de la parodie si l’on n’était devant ce que le théâtre propose de plus pompeux.

A-t-on évité le pire ou évincé le meilleur en s’échappant - comme beaucoup - à l’entracte ? On y aura gagné en tout cas deux heures de nuit venteuse et d’esprit libéré (un peu préoccupé, tout de même, par la santé du théâtre), économisé une course en taxi, et savouré l’évanescent parfum de l’école buissonnière.

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