Scènes

CRITIQUE

Epreuve du feu réussie pour Célia fée. Comme promis, elle a rencontré les machines déjantées, a escaladé les nuages en compagnie d'Humphrey le wagonnet, de Yolande la pyramide, Marcel l'échelle et de Pourquoi, le petit computer. Le tout sous le regard ému de Philippe Lafontaine, jeune grand-père qui a gardé sa muse, la vraie Célia, sur les genoux durant toute la représentation, jusqu'au salut final pour lequel il fut invité à monter sur scène; standing ovation d'un public de première oblige.

Non seulement, chacun a déjà entendu un extrait de cette comédie musicale entièrement belge afin de savoir le pourquoi, le comment, enfin bref la clef des larmes. En outre, une promotion rondement menée, de nombreuses interviews, un chauvinisme de bon aloi et la joie à l'idée de festivités familiales autres que la dinde, le Cirque ou les vacances sur glace contribuent à chauffer une salle, fût-elle frileuse.

DIVA DES PYRAMIDES

Comme promis, ouverture des portes de l'usine sur le décor d'échafaudages dont l'agencement permet déplacements, cabrioles, envols, chutes non fatales et surtout mise en scène de Marine Haulot, qui après Emilie jolie et La belle et la bête, fait preuve ici d'une créativité bienvenue au départ d'un décor faussement minimaliste. Dommage, en revanche, qu'elle n'a pas été mieux conseillée ou inspirée pour la chorégraphie, réduite ici à son plus simple pas de danse.

Divinement jaune et incarnée par la très remarquée Nathalie Stas, Yolande la diva des pyramides qui déteste s'entendre dire qu'elle aurait pu n'être qu'une vulgaire équerre, s'étire. Il ne pleut plus. Info de première pour les fabricants de nuages que sont les principaux protagonistes de cette histoire. À leur tour, Humphrey le wagonnet et Marcel l'échelle s'éveillent. Les machines s'activent. Allez hop, notre petit voisin de salle entonne gaiement la chanson accompagné par Patrick Deltenre et Philippe Mobers, musiciens tapis dans l'ombre.

Les personnages s'imposent d'entrée de chant, leurs costumes colorés séduisent. Ils habitent l'espace et la soirée promet d'être belle surtout lorsque résonne, du fond de la salle, la voix cristalline de Célia, ingénue, souriante, fraîche et crédible dans son rôle de petite fée-fille naïve et non niaise. Ayayay, sa première chanson, glisse la note d'une poésie propre à Philippe Lafontaine, souvent plus tendre que loup.

Zotesse qui vend des fleurs et pleure parce qu'elle se fane selon un jeune spectateur ravi, Célia, alias Mélanie Dermont, fille du comédien du même nom, rencontre des machines qui, pour pleuvoir quelques larmes, vont tenter une expérience comico-tonique. En échange, elle découvre le fonctionnement de l'usine, le tri des gouttes, leur coloration et surtout la malice de Pourquoi le computer, qui rigole lorsqu'on lui chatouille le clavier, communique avec le grand cyclopédiste et provoque souvent l'hilarité générale. Jusqu'ici, pari gagné pour l'Adac, les comédiens et surtout Philippe Lafontaine qui voulait bel et bien raconter une histoire de machines, toujours dirigées par des hommes, à sa petite fille fraîchement arrivée dans notre étrange mécanique.

Léger flottement ensuite dans cette grande Donquichotterie, selon Lafontaine, qui, après la disparition du soleil, devient moins harmonieuse, plus criarde, plus vide de sens malgré celui de l'humour souvent présent et une balade musicale particulièrement variée. Blues, hard rock, gouttes africaines ou musique celtique se succèdent et se répètent en effet dans Célia, jeune fée capable d'exaucer certains de nos voeux. Mais pas tous.

Jusqu'au 7 janvier au Centre culturel d'Uccle. Rés.: 0800.21.221.

© La Libre Belgique 2000