Scènes Les Franglaises revisitent les classiques de la chanson anglo-saxonne.

L’idée est simple, voire simpliste : prenez une chanson en anglais, une de celles que vous avez fredonnée mille fois sous la douche ou hurlé à tue-tête dans votre voiture, sans réfléchir à ce que vous racontiez. Traduisez-la en français, le plus littéralement possible, et chantez-la derechef, sur la même mélodie. Sauf exception, cela vous paraîtra ridicule et, pour tout dire, tordant. Surtout si les chansons en question, rengaines et autres scies musicales, sont déjà plan-plan dans leur version originale.

De cette idée simple, voire simpliste, les Franglaises, joyeux groupe composé de musiciens qui chantent, de comédiens qui jouent et de chanteurs qui déconnent, ont fait un spectacle, parfaitement jubilatoire et hautement délirant. "Au départ, on était partis sur le principe que le public devine le morceau et ensuite, on le joue en étant assez proches des arrangements. Mais on s’est vite rendu compte qu’il y avait énormément de possibilités, avec le jeu des traductions. A mesure qu’on avance dans le spectacle, on varie les types de traductions et les types d’arrangements, explique Adrien. "P etit à petit, également, chacun des morceaux, des genres qu’on reprenait, faisait apparaître des situations et des clowns. C’est là-dessus qu’on a misé pour enrichir le spectacle, créer des accidents."

Mise en abyme

Car Les Franglaises offrent plus qu’une succession de titres revisités à la sauce roquefort. "Souvent, on se dit pour nous-mêmes qu’on est une troupe qui joue une troupe qui joue un spectacle. Comme si on faisait semblant de faire un spectacle, celui des Franglaises", poursuit Philippe qui décortique leur mise en abyme.

"Les gens viennent principalement pour ça, pour ce concept", souligne Yoni, le Monsieur Loyal de la soirée. "Mais c’est là où on aime créer autre chose, en maîtrisant ça. Les gens viennent voir un concept, au bout de 20 minutes se disent que ça va peut-être être répétitif et pile à ce moment-là, on casse le rythme et le spectacle et on emmène les gens vers un truc auquel ils ne s’attendent pas du tout." Et que l’on se gardera bien de dévoiler, sous peine d’en ôter le plaisir de la découverte. "Le spectacle est vraiment à l’image du groupe", poursuit-il. "Quand on a commencé dans la rue ou dans les bars, c’est moi qui haranguais les gens, qui étais le plus à l’aise avec ça. Du coup, Monsieur Loyal est resté. Et chaque personnage, petit à petit, a réussi à nourrir son parcours."

Un Molière en 2015

Couronnés du "Molière du meilleur spectacle musical" en 2015, Les Franglaises ne se sont pas, pour autant, monté le bourrichon. Au contraire, sur le métier, ils ont remis leurs chansons et ont travaillé à proposer cette "nouvelle version" qu’ils joueront au Cirque royal. "Ça n’a pas du tout changé notre manière de travailler mais peut-être le regard du public", analyse Adrien. "Le fait d’avoir un Molière a pu rassurer ceux qui étaient sceptiques, qui se demandaient si ça tenait la distance. Et puis, certaines personnes du milieu ont aussi compris, grâce au Molière, que ce n’était pas qu’un concept. C’est un spectacle que l’on ne peut pas vraiment classer, ni en théâtre ni en musique."

Au Cirque royal, le 10 mars à 20h. Réservations : 02.218.20.15 ou http://cirque-royal.org

Tous (un peu) musiciens

Clowns. Faut-il, pour intégrer la troupe des Franglaises, être un génie de la musique, avoir l’oreille absolue ? La question semble incongrue à nos trois interlocuteurs, qui se voient plus volontiers dans la peau de clowns - un mot qui reviendra souvent lors de notre entretien. "On aime bien brouiller les pistes avec cette idée que personne n’est associé à un instrument ou à un type de chanson. Que ça tourne en permanence. Comme c’est un peu le bazar sur scène, parce que tout le monde passe d’instrumentiste à chanteur, c’est effectivement une photographie de notre groupe où c’est un peu le bazar ! En fait, ce sont des personnages couteaux suisses", disent-ils d’une même voix, en parlant tous en même temps. N’empêche que ne pas pouvoir lire une partition, par exemple, pourrait se révéler plutôt handicapant pour qui se rêve à son tour dans la peau d’une Franglaise… "Je trouve que c’est ça qui est génial dans la notion de groupe, c’est que s’il y en a un qui est très bon bassiste, tout le groupe devient bon bassiste. Quand il y en a un qui brille, il fait briller tout le monde. Du coup, les gens ressortent en se disant qu’on est tous batteurs ! Même si les niveaux sont très différents ! Les comédiens de base ont dû travailler à améliorer leur technique vocale, évidemment, et à avoir une conscience beaucoup plus poussée de la musique, de l’harmonie, de ce que ça implique. Et les musiciens ont dû apprendre à jouer la comédie."