Scènes Entretien

Le sujet de cette année, "Absurd'idée", promet une "programmation décalée qui mise sur la surprise", a-t-on pu lire. Pouvez-vous en dire plus ?

Depuis quelques années, j’essaie "d’écrire le festival". Ce n’est pas parce que l’on met du jambon de parme, du caviar et du foie gras dans une assiette que l’on obtient un bon plat. Aujourd’hui, dans la rue, on trouve un tas de merveilles, mais il faut les rendre cohérentes en un ensemble, d’où la référence à la cuisine. L’idée est de trouver cette harmonie. C’est en voyant le spectacle "Trio Georgin", qui a ce côté absurde, que j’en ai eu l’idée. Ces trois artistes offraient quelque chose de très surréaliste, tout à fait "actuel", dans le ton du musée Magritte.

Un pied de nez à la crise actuelle, en fait ?

Il y avait aussi la volonté d’être plus léger, dans le contexte de "crise". C’est l’actu revisitée, on parle du retour de Kim C, eh bien, à Chassepierre, on va jouer au tennis, mais avec des massues. La compagnie belge du Sursaut propose "Vent du Nord", un résumé des vacances en famille à la mer du Nord. Quand j’ai vu ce spectacle, moi qui n’étais pas allé à la mer avant l’âge de 16 ans, j’ai eu l’impression d’avoir évité le pire ! Avec "Vent du Nord" et le "Chant des Sirènes", de la compagnie des Polyvalents, l’absurd’idée c’est de retrouver la mer du Nord à Chassepierre. Et puis, c’est la grande mode des parcs d’attraction; ici, ce ne sera pas Walibi, mais le "Casrolpark", où l’on peut jouer au kicker avec des casseroles. Avec "The Queen", on va avoir une Rolls royale dans Chassepierre, avec un personnage surprise à l’intérieur qui n’est autre que la reine d’Angleterre. Quant à Philippe Vauchel, il nous démontre dans son spectacle que ce village est le centre de l’univers [ ]. Chassepierre, c’est comme une "boîte de sardines dans laquelle on met des cachalots".

Parler du programme donne l'occasion de revenir sur le rôle de Chassepierre ? Peut-on dire que le festival est un tremplin pour les artistes de rue ?

On essaie de promouvoir de jeunes artistes de la Communauté française, c’est le devoir du festival; notamment cette année avec la compagnie du Sursaut, ou encore la compagnie japonaise Sivouplait qui a tourné en Europe et qui souhaitait passer par Chassepierre. Le festival est un peu un label pour les artistes.

Comment la définition même des arts de la rue a-t-elle changé en 35 ans ?

Chassepierre a en quelque sorte permis la professionnalisation de cet art. La ministre a augmenté fortement les budgets des arts de la rue, après les états généraux. Désormais, il faut que les spectacles soient convaincants, aboutis. [ ] Il n’y a pas de "Off" à Chassepierre, on est loin du temps du cracheur de feu, ou du jongleur. Il y a vraiment un répertoire de la rue, avec une écriture, un travail construit.

Et les arts du cirque à Chassepierre ?

Certains spectacles sont basés sur les techniques de cirque, c’est le cas de Kirkas Gaya cette année et leur numéro de "corde volante". Le cirque s’adapte à la rue, la technique du cirque devient un outil et non plus la performance pour la performance.

A propos des publics de Chassepierre, vous parlez d'un public averti...

Le public qui vient est convaincu, il suit une démarche, paie et vient même souvent de loin. Quand on ne connaît pas l’art de la rue, on est émerveillé, mais quand on a déjà vu cet art, on fait la part des choses, on recherche la nouveauté, ce qui est abouti. C’est assez fou le pouvoir de l’art de la rue, de faire "monter" un public, le faire participer L’art de la rue est aussi un reflet du temps présent; je me rappelle d’un artiste américain qui distribuait des petits ballons d’eau en plastique et demandait au public de les lui lancer. Avant la guerre d’Irak, les gens le tapaient aux pieds, après la guerre d’Irak, sur la tête. [ ] Les arts de la rue proposent aussi un brassage culturel, l’exemple avec la compagnie Sivouplait, qui mixe Orient et Occident. Le public lui se trouve ainsi face à plein de propositions.

C'est l'esprit de Chassepierre ?

La magie Chassepierre, c’est le mélange entre professionnels, artistes, dans un petit patelin. Le festival fait venir entre 25 et 30 000 personnes [ ] mais il faut que les gens puissent encore, au détour d’un spectacle, trouver des moments où ils sont seuls, ou, en dehors du village, où on peut découvrir des moutons, un chemin, ou peut-être croiser cette vache - NdlR, sur l’affiche de cette année, une vache tire la langue et porte un p’tit chapeau de majorette. [ ] Pourquoi faire le déplacement jusque Chassepierre pour ne pas être dépaysé ?

36e édition du festival de Chassepierre, les 22 et 23 août. 25€ le pass 2 jours, 12€ pour les enfants. Infos : 061.31.45.68 ou www.chassepierre.be. Possibilité d’accéder à Chassepierre, par train + navette à partir de la gare de Marbehan.