Scènes

Il est du genre à palper, en faisant de petits bruits rigolos, la bonnette du micro que la journaliste a installé devant lui. Il est du genre à acheter 14 livres sur Janáček pour être sûr de tout savoir sur l'opéra que Peter de Caluwe lui a demandé de monter. Il est du genre à faire fabriquer par les ateliers de la Monnaie un lapin de huit mètres. "Dans ma vie d'avant, j'ai déjà fait des lapins. De 3cm. C'était des broches". Désormais, il imagine des lapins géants ; un homme-oiseau dans sa douche ; un poulailler remplis de geishas glapissantes. Décidément, Christophe Coppens surprend. A chaque fois, différemment, et sans jamais jamais tirer la couverture à lui.

© Johanna de Tessières

Ecouter Janáček à Hollywood

"A chaque fois qu'on se voit, il se passe quelque chose de radicalement nouveau", lui avait-on dit à la veille de la Première. Lui, amusé, nous avait répondu, du tac au tac "C'est fatiguant non ?" Nous, en tout cas, on n'était pas fatiguée de lui parler. Tant son esprit fourmille d'idées... (On voudrait dire farfelues pour les qualifier, mais ce ne serait pas rendre hommage au sérieux qu'il met dans tout ce qu'il entreprend).


Le foisonnement sur scène prouve les différentes vues que lui ont inspirées la musique. "Je connaissais Janáček depuis ma jeunesse, mais ses opéras n'étaient jamais venus sur mon chemin". Ce qui ne l'inquiéta pas. Car CC est grand agitateur de ses propres neurones.

© Johanna de Tessières


Son travail de mode c'était déjà cela : il obligeait l'objet de mode à prendre de l'épaisseur. Depuis 2012, son travail de plasticien au soleil, c'est toujours ça. Son objet qui te parle à l'oreille – avec, pour ce qui le concerne lui, cet air bonne mine des gens qui vivent dans un endroit qui est aussi un lieu de villégiature. Christophe Coppens vit à Los Angeles et a donc sauté plusieurs fois au-dessus de l'Atlantique, jusqu'à La Monnaie au cours de ces cinq derniers mois de mise en scène.

Pour cet opéra dont il a été le cerveau, on retrouve cet amour de la symbolique. "Je n'avais pas envie de faire du premier degré, pas de papillon ni les grenouilles. Ecoute la musique et propose quelque chose dessus", lui avait intimé Peter de Caluwe. "Je n'avais pas non plus envie d'un spectacle où on mâche une idée pendant une heure".

© Johanna de Tessières

Tout en respectant le propos linéaire du livret, tout en se calant sur la musique - "dans un opéra tu ne peux pas arrêter la musique" –, sa proposition de la petite renarde rusée est définitivement signée. "Pas très facile à comprendre tant il y a de couches et de détails à regarder", nous avouait-il encore alors à la veille de la Générale. Puis, sortant du rideau rouge derrière lequel il s'est caché pour la photo, il livrait, mutin, que pour apprécier son "Foxie!", "il vaut mieux avoir bu deux verres de vin"

Son "Foxie!" (qu'il avait dessiné sur le storyboard ci dessuus il y a quelques mois déjà, avant la première) , est comme un apéritif.

Qui fait pétiller les yeux.

© Johanna de Tessières