Scènes

Pour la troisième saison d’affilée, Isabelle Bats (autrice, actrice, metteuse en scène, performeuse) et Mathias Varenne (acteur, metteur en scène, performeur) mettent sur pied, deux ou trois fois dans l’année, une soirée Crash Test, à l’invitation du Brass, Centre culturel de Forest.

Les formats diffèrent, et la formule, après quelques tâtonnements – dont des débuts façon scène ouverte –, fonctionne selon un schéma établi qui intègre, voire suscite, les variations. “On invite cinq artistes à venir travailler au Brass, pendant dix jours, sur une thématique que nous leur soumettons. Au bout de quoi a lieu une présentation publique.” Nommée Crash Test, celle-ci résulte de ce chemin : “Questionner leur démarche de travail. Juste chercher et créer, sans obligation de résultat.”

© Rozenn Quéré

Parmi les propositions précédentes, il y a eu par exemple “Black out”, où les dix jours de travail se sont déroulés sans électricité, “Bodies/Borders” où étaient abordées les questions de frontières. Ou encore “Encounters/witches”, où les artistes devaient présenter un crash test ensemble.

Objectif performance

Pour le Crash Test à venir ce vendredi, “les artistes ont été invités à réfléchir, chacun, à ce sur quoi ils rêvent de travailler, à le déterminer, à l’emballer et à l’offrir, sans explication, à un autre des artistes du projet, avant les dix jours de travail”.

© Rozenn Quéré

Si le focus se fait sur le médium de la performance, dans son acception la plus large, les artistes conviés à y prendre part, donc à s’essayer à cette pratique, viennent d’horizons divers. Isabelle Bats et Mathias Varenne veillent à la pluralité des genres, des générations, des pratiques artistiques  : “En somme, on fait en sorte de ne pas avoir que des mâles blancs trentenaires hérérosexuels !” Les invités pour cette session sont Mathieu Jedrazak, Dominique Thirion, Jean Roux, Ophélie Mac et Diane Fourdrignier.

Quant aux curateurs, il prennent garde “aux schématisations, à ne pas être piégés” par la pratique qu’ils ont pour leur part intégrée. Le décloisonnement et l’émulation sont à l’œuvre. “On leur propose soudain, pour un temps donné, un espace où ils travaillent vraiment et uniquement à ce qu’ils aiment.” Avec ceci qu’il faut créer un groupe, “penser aux rapports d’énergie”.

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“Briser les règles, c’est possible”

Si Mathias Varenne et Isabelle Bats reçoivent des sollicitations d’artistes à participer aux Crash Tests, “on invite des personnes, pas leurs projets”. Le projet, lui, est neuf à chaque nouvelle édition. “Un cadre est proposé, mais briser les règles, c’est possible, voire recommandé.”

La singularité du principe tient aussi au lieu qui l’accueille. "Frédéric Fournes, le directeur du Brass, nous a proposé de réfléchir à habiter les lieux plus que sur un projet déterminé, fini. Cet endroit, le Centre culturel de Forest, est un lieu véritablement public, et cela se ressent très fort, dans la manière d'être accueilli, dans les politiques tarifaires, entre autres. L'entrée de la soirée est à 5 euros, mais l'argent ne doit pas être un frein, selon le principe dit de NOTAFLOF": No One Turned Away For Lack Of Funds, ou nul n'est refusé pour manque de fonds. Les curateurs voient là "une vraie volonté politique de programmation: une réaffectation des moyens de fonctionnement vers l'artistique". (Notre rencontre a eu lieu avant que la ministre Alda Greoli eut dévoilé l’ensemble des nouveaux contrats-programmes – qui du reste ne concernent pas les centres culturels).

© Rozenn Quéré

Écrire la soirée

Le thème du présent Crash Test, “Gift”, sied parfaitement à la saison : Saint-Nicolas, l’Avent, Noël à l’horizon. Et qui dit cadeau dit surprise. “Ce qu’on n’a pas l’habitude de voir, mais qu’on vient voir : des gens qui travaillent, qui essaient.”

Et si, par définition, rien du résultat n’est jamais garanti (“On fantasme autour d’une soirée même si on n’obtient jamais la soirée dont on rêve”, souligne Isabelle), il s’agit cependant à chaque fois d’écrire la soirée. “Généralement, la construction se fait à minuit, la veille de la présentation du Crash Test.” Pourquoi ne pas tout prendre comme il vient ? “On les a invités à se mettre en danger, il s’agit de voir comment on sécurise un minimum la soirée”, répond Mathias.

© Rozenn Quéré

On imagine sans difficulté une fête pour prolonger l’expérience. Et pourtant, “à chaque tentative d’après-spectacle, avec DJ, ça n’a jamais vraiment pris”. Or les comparses, on l’a compris, marchent au défi. “Le deuxième Crash Test de cette année sera orienté Party. C’est toujours quand on a retourné les choses que ça a fonctionné.”


  • Bruxelles, Brass (Centre culturel de Forest, 364 avenue Van Volxem), vendredi 8 décembre à 20h. Infos & rés. : 02.332.40.24, www.lebrass.be