Scènes Rencontre

Extraterrestre ? Ainsi se définit Alain Moreau depuis qu’il se frotte au milieu du théâtre. Au Conservatoire, déjà Une position excentrée qui lui permet de poser "Ses premiers pas sur la dune" ou, mieux encore ?, d’aller "Sur la dune". Nuances, dans le titre comme dans la pièce, pour saisir la différence, minime, qui existe entre son dernier spectacle créé en deux versions, une pour enfants, l’autre pour adultes.

Fondateur du Tof théâtre, marionnettiste atypique et reconnu, Alain Moreau va bientôt fêter les vingt-cinq ans de sa compagnie. Chacun de ses spectacles retient l’attention et apporte sa pierre à l’édifice artistique. Ce Bruxellois de souche et genappien d’adoption a des choses à dire et sait y faire. Chacun se souvient de son "Cabane" qui lui valut le prix du ministre de la Culture de la Communauté française. Ses Bénévoles cartonnent partout où ils passent et ses "Zakouskis érotiques" font encore frémir de plaisir les Halles de Schaerbeek. Non content d’être tof, son théâtre est un gage de qualité. On parle volontiers de la "Tof touch", liée aussi à l’émotion qui se dégage des marionnettes.

L’été dernier, Alain Moreau raflait à nouveau la mise avec ses "Premiers pas sur la dune", un spectacle surréaliste et millimétré, maîtrisé du premier au dernier tableau. Le Jean Vilar ne s’y est pas trompé, lui qui l’a coproduit et programmé une vingtaine de fois en automne dernier. "Sur la dune" est ensuite parti à Paris au festival M.A.R.TO. Au tour maintenant du Théâtre de la Vie d’élargir l’horizon des spectateurs et de leur faire découvrir le talent des artistes qui, d’habitude, s’adressent aux enfants.

Vingt-cinq ans bientôt. Est-ce l’heure de passer dans la cour des grands ? Pas exactement puisqu’il n’existe pas de hiérarchie dans la qualité des spectacles. L’envie, cependant de faire sauter les barrières, de sortir des ghettos et d’ouvrir les frontières. Alain Moreau le dit tout de go : il se sent à l’étroit dans le décret théâtre jeune public. "J’adore travailler pour les enfants et la contrainte est souvent source de créativité mais je ne veux pas commencer à me dire : qu’est-ce qui plairait aux enfants ?" Il aimerait, par exemple, que les deux décrets soient réunis et que le théâtre ne forme plus qu’une seule famille. Le temps où les enfants mangeaient avant leurs parents est révolu. On lit également en ces désirs une envie de reconnaissance, une lassitude de la condescendance qui entoure le théâtre jeune public en Belgique alors qu’ailleurs on se bat pour avoir des premières du secteur auquel on octroie même un Molière.

Prenant les devants artistiques, Alain Moreau a relevé un fameux défi. Lorsqu’il a créé "Premiers pas sur la dune", il a voulu que le spectacle plaise autant aux tout-petits qu’aux adultes. Intitulée "Sur la dune", la version adulte dure un quart d’heure de plus. Pour le reste, pas le moindre nouveau grain de sable. "J’ai pris énormément de risques. J’ai eu très peur et je ne veux plus vivre cela. Je craignais qu’on me dise que ce spectacle n’était pas pour enfants. Si je m’étais planté, j’aurais mis l’équilibre de la compagnie en péril. Or je remplis mon contrat. On nous demande de jouer une création 250 fois et nous jouons généralement 800 fois, parfois avec deux équipes. "Sur la dune" va être joué 120 fois et j’ai déjà plus de 300 propositions pour la saison prochaine. Ensuite nous partirons à l’étranger.

Bien connu au-delà de nos frontières, le Tof a baladé ses marionnettes, géantes ou miniatures, dans une vingtaine de pays, du Brésil au Burkina Faso en passant par le Vietnam où il a remporté le premier prix du Festival international de marionnettes à Hanoï, le prix du public et le prix de la presse ! Pour le reste, entre l’Afrique, l’Asie à nouveau et Genappe grâce au Monty, le lieu culturel qui monte, le Tof ne manque pas de projets.

Bruxelles, du 16 au 27 mars à 20h15 au Théâtre de la Vie, Dwarsstraat, 45. Infos. : 02.219.60.06 ou www.toftheatre.be