Scènes Wim Vandekeybus crée un spectacle de science-fiction, où on parle d’un Messie venu sauver sept élus.

Le vendredi 14 avril, au KVS à Bruxelles, Wim Vandekeybus, 53 ans, créera son nouveau spectacle, "Mockumentary of a contemporary saviour" ("Faux documentaire sur un Sauveur contemporain"). Il est en pleine répétition sur la scène du théâtre flamand.

En trente ans, le chorégraphe, metteur en scène et réalisateur a multiplié les spectacles souvent mémorables, allant de la danse pure au théâtre, à la performance, au cinéma, avec toujours la tension, le risque, le conflit, l’énergie d’innover.

Cette fois, il se lance dans la science-fiction "du type des films des années 70, dit-il, comme dans les films THX et Solaris. J’avais envie aussi depuis des années de parler de religion, de Dieu, d’un Sauveur en réinventant des situations et des règles qui renvoient à notre monde actuel."

"Imaginer cela me permet d’évoquer la question des valeurs qu’on a perdues dans notre monde et qu’on devrait retrouver." Et Wim Vandekeybus de rappeler que Nick Cave et Martin Scorsese aussi se sont intéressés aux religions. "Les temples se vident toujours partout quand les choses vont bien mais se remplissent à nouveau quand on a besoin des dieux."

Sur scène, un grand cercle noir, surmonté d’un immense cercle blanc lumineux qui ne cesse d’osciller jusqu’à devenir vertical. "C’est comme un trou noir dans lequel un Sauveur (qu’on ne voit jamais) a déposé dans un avenir non identifié, sept ‘élus’ venus des quatre coins du globe. Dans ce futur, il n’existe plus de vérités et la paix ne règne plus nulle part. Seul demeure cet espace de sécurité offert par le Messie aux élus et aux spectateurs qui font partie du spectacle et qui sont eux aussi, les élus."

Le danseur aveugle

Wim Vandekeybus a engagé pour ce spectacle des danseurs et acteurs de toutes morphologies, venus de partout, à l’image du monde : une petite danseuse de Kung-fu de Taiwan, "une combattante", une danseuse russe, un grand Américain noir, un Italien, une Liégeoise, Anabel Lopez, jouant la mère du Sauveur (Marie) et à la fois, Marie-Madeleine. On y retrouve encore un grand acteur anglais obèse, Daniel Copeland. On a enfin la joie de revoir Saïd Gharbi, le danseur d’origine marocaine aveugle depuis qu’il a 14 ans qui dansa dans cinq des premiers spectacles de Vandekeybus. Depuis, il a créé sa compagnie, se produit partout et a fondé une famille avec trois enfants. Dix-huit ans après leur dernière collaboration, le voilà de retour chez Vandekeybus. Il est stupéfiant de le voir bouger comme s’il était voyant, se guidant aux voix et aux bruits les plus infimes. "Je voulais qu’il revienne pour incarner le monde arabe, mais aussi l’idée que le non-voyant est celui qui voit le mieux le public, il est Tirésias. Comme celui qui doute est le plus croyant."

Dans le spectacle, on danse relativement peu, il y a des images fortes, et un texte écrit avec l’écrivain Bart Meuleman. On y parle anglais (un anglais assez simple) et un peu français.

"Ils ont tous des corps et des origines différentes. Le public, comme eux, se demande pourquoi le Messie les a sauvés eux et pas les autres. Portent-ils l’espoir du renouveau du monde ? Ou tout cela n’est-il qu’un jeu de la part du Messie ? Les 700 spectateurs dans la salle du KVS feront partie des personnes sauvées."

80 millions de tuées

Wim Vandekeybus aime l’humour et la liberté que donne la science-fiction.

"Le public peut suivre chacun dans son individualité. La danseuse chinoise exprime à elle seule les 80 millions de filles tuées à la naissance en Chine à cause de la politique de l’enfant unique. Sur scène, elle ne cesse de revivre ce calvaire des filles chinoises. Et Daniel Copeland était l’homme qui avait le plus envie de mourir sur terre et fut alors sauvé par le Messie. Le Russe et l’Américain sont appelés à coopérer. Si les gens se moquent parfois de Dieu, Dieu se moque aussi des gens."

La musique électroacoustique a été créée par la compositrice Charo Calvo avec des effets mis au point par l’Ircam à Paris.

"Mockumentary of a contemporary saviour", Wim Vandekeybus et Ultima Vez, au KVS à Bruxelles, du 14 au 22 avril.