Danser, creuser, par Michèle Noiret

Marie Baudet Publié le - Mis à jour le

Scènes Le National a été la "maison" de la chorégraphe pendant onze ans. Elle y présente, en cette fin de saison, "Palimpseste Solo/Duo" : de quoi revisiter ses racines, son vocabulaire gestuel, son avenir.  Rencontre .

La danse, sa danse, a pour rôle de "matérialiser l’intériorité des êtres." Les danseurs, chez elle, deviennent des "personnages chorégraphiques."

Artiste associée au Théâtre national pendant onze ans, Michèle Noiret y présente - parmi les dernières propositions de l’ultime saison programmée là par Jean-Louis Colinet - "Palimpseste Solo/Duo", pièce emblématique à plus d’un titre.

Visibilité, continuité, défis

"C’est assez fantastique d’avoir pu faire partie de cette maison pendant tout ce temps, d’y avoir signé 7 créations, dont plusieurs pour le grand plateau, et 9 spectacles au total, reprises comprises." Outre la "magnifique visibilité" que lui a offerte ce lieu, la chorégraphe souligne un trajet marqué par la "continuité : le Botanique, les Tanneurs, le National." Une expérience vertigineusement enrichissante. Car on crée différemment selon l’ampleur du plateau. Et celui de la grande salle du National est considérable. "J’ai fait d’innombrables découvertes, dans un parcours logique, avec des défis nouveaux et toujours différents."

Michèle Noiret salue aussi la grande liberté que lui a accordée Jean-Louis Colinet, "que l’on sait pourtant notoirement plus porté vers le théâtre que vers la danse." Liberté et confiance : "Je l’ai toujours senti conscient de la modernité du travail, très ouvert vers le théâtre, le cinéma."

Première chorégraphe à être associée au National - "tout était un test" -, Michèle Noiret salue sa chance : "De longs temps de répétition, un outil exceptionnel, des équipes attentives. C’est un luxe dans la situation actuelle, et j’étais bien consciente qu’il fallait le mériter."

Recréation

C’est un pan de l’histoire de Michèle Noiret elle-même qu’on aborde avec "Palimpseste". Ses années de formation auprès du compositeur Karlheinz Stockhausen, qui lui enseigne notamment une forme particulière de notation gestuelle. Son "Solo Stockhausen" où, en 1997, elle interprétait à sa manière les six premières des douze mélodies du zodiaque revisité par l’érudit musicien. "Twelve Seasons" en 2001, où six danseurs et trois musiciens réinventent la partition de "Tierkreis". Le film "Solo", libre adaptation de "Solo Stockhausen" à l’écran, par Thierry Knauff, en 2004. Dix ans plus tard, très influencée par le travail du réalisateur, et ayant elle-même développé une approche de la danse-cinéma, la chorégraphe reprend cette matière pour la scène et crée "Palimpseste #1". Le processus se poursuivra, grâce notamment à la rencontre avec David Drouard, danseur mais aussi musicien, pour conduire le désormais tandem à la création de "Palimpseste Solo/Duo".

© Sergine Laloux

Créée en septembre dernier à Paris, "cette pièce est une épure", dit Michèle Noiret qui, au cours de la décennie écoulée, a volontiers mêlé les disciplines sur le plateau. "Ici, il n’y a que de la musique, de la danse, de la présence."

Plus qu’une reprise de l’ensemble qui a vu le jour au Palais de Chaillot, c’est une recréation qui se profile au Théâtre national : les deux danseurs partagent le grand plateau avec deux musiciens, Thomas Besnard (piano) et Hannah Morgan (clarinette) - sous les lumières toujours très pures et dans la scénographie simplissime de Xavier Lauwers.

Transmission et passage

Si l’idée de départ était de transmettre le solo à David Druard, Michèle Noiret a découvert et cultivé la "belle symbiose" menant à ce spectacle. "On a le temps", sourit-elle. La transmission a cependant bien lieu, notamment dans son travail avec les élèves du Conservatoire d’Angers et de Lyon. "J’ai aussi été sollicitée par une étudiante du Conservatoire de Paris qui voulait apprendre un morceau du solo pour son examen."

© Sergine Laloux

La lisière de son parcours au National est aussi l’orée de nouvelles envies. Michèle Noiret ne manque pas de projets. Si, comme toutes les compagnies, la sienne attend le verdict du cabinet de la ministre de la Culture quant à son avenir, la chorégraphe voit dans ce temps l’occasion d’une salutaire réflexion : "Les périodes de changement, voire de relatif danger, sont souvent constructives."

"Je me sens insatiablement mue par le renouvellement de la gestuelle" - Michèle Noiret

À l’instar de son œuvre, ses aspirations comportent des couches multiples : "Je continue de vouloir explorer le texte, le cinéma, sa complexité, mais aussi l’épure de la danse et de la musique." Passionnée par la forme qui "oblige à transformer le contenu", la chorégraphe se sent "insatiablement mue par le renouvellement de la gestuelle." Ce pourquoi elle convoque et confronte divers langages scéniques. "Aller creuser ailleurs" : voilà le crédo de cette infatigable créatrice, chercheuse et danseuse. "Là où j’en suis, ici et maintenant, je sens quelque chose qui se sédimente et qui, en même temps, me donne la liberté d’explorer des terrains neufs."

  • Bruxelles, National (grande salle), du 19 au 21 mai, à 20h15 (dimanche à 17h). Durée : 60 minutes. De 10 à 19 €. Infos & rés. : 02.203.53.03, www.theatrenational.be

Marie Baudet

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