Scènes Un projet ambitieux qui raconte la résistance de jeunes Syriens.

Les informations, hélas, ne sont pas toujours le moyen le plus efficace de toucher le public à propos des conflits qui rongent le monde. Les livres, les histoires, en revanche, touchent au coeur, à l’essentiel. Surtout lorsqu’elles sont vraies et portées par un comédien aussi formidable que Philippe Léonard, toujours aussi authentique et généreux.

Pour adolescents dès 15 ans, et certainement pour adultes, "Daraya" de Foule Théâtre, d’après "Les passeurs de livres de Daraya", n’est pas un texte facile lorsqu’il se découvre en soirée, après quatre autres spectacles, dans une salle qui a déjà accumulé pas mal de chaleur, humaine et autre. Mais c’est un texte remarquable qui mérite d’être découvert, à condition d’y être préparé, et qui nous relate, grâce à la journaliste Delphine Minoui, l’incroyable histoire de jeunes Syriens qui ont créé une bibliothèque clandestine pour résister aux bombes, rester humain, ne pas succomber à la barbarie. Ne pouvant se rendre sur place, la journaliste a dialogué par internet avec Ahmed, le responsable du projet. En flânant dans une librairie bruxelloise, Philippe Léonard, qui s’était rendu en Syrie, voici trente ans, à l’époque où elle était encore une enclave pacifique au milieu de terres de conflits, de l’Iran à l’Irak en passant par Israël, découvre ce récit. Et une Syrie bien différente de celle qu’il foula, en routard et sac à dos. Les souvenirs reviennent, s’entremêlent à la lecture du livre de la journaliste française. On entend le chant du muezzin, on compte, gestuelle à l’appui, les timbres collés sur l’enveloppe pour envoyer la photo agrandie de la famille rencontrée là-bas, puis l’on replonge dans l’horreur de la guerre à laquelle, malgré tout, existent des solutions. Et malgré une mise en scène de Pierre Richards parfois trop sobre et le manque d’alternance entre souvenirs et lecture stricto sensu, on ressort heureux d’avoir (re) pris connaissance de cette formidable preuve de résistance. Dont la presse avait parlé à l’époque. Belle complémentarité, en quelque sorte.

Tout va bien

Le seul en scène est un exercice difficile et intéressant qui repose entièrement sur le jeu du comédien et qui se porte bien à Huy. Dans un genre diamétralement opposé à "Daraya", beaucoup plus léger, malgré une touche de gravité, et pour enfants dès 8 ans, "Tout va bien" nous enchante également.

Tout va bien ? Vraiment ? Alors, qui est cet Igor dont on nous parle à la troisième personne, entre passé et présent. On se pose la question, en filigrane, tout au long de cette succession de gags à 5 francs redoutablement efficaces. Et cette tension, ce léger malaise ajoutent à la saveur de la nouvelle création des "Primitives", compagnie dont le ton décalé a séduit d’emblée aux Rencontres de Huy. Gordon Wilson apparaît avec ses yeux bleus pétillants, son air naïf, ses maladresses à la Mister Bean, son air et son sourire, disons-le tout de go, craquants !

Au milieu de ses cartons avec les jouets, les objets à ranger, à garder, à jeter, les tables bancales, les chaises cassées et cette musique classique qui le calme, il raconte la vie d’Igor - la sienne ou celle de son fils disparu ? - les cours de musique obligatoires qui ont pourri son enfance, la voix de la mère omniprésente et sans doute regrettée, les envies, les rêves et ce cadre dans lequel il fallait rentrer. D’une réelle simplicité, presque bricolée, avec ces gags que l’on devine et qui pourtant surprennent, cette mise en scène de Vital Schraenen enchante par sa finesse et nous rassure. Car oui, après un spectacle comme celui-là, tout va vraiment bien.