Scènes Parmi les spectacles brésiliens du Kunsten 2018, ceux de Bruno Beltrão et de Leandro Nerefuh s’opposent et se répondent.

Ceci n’est pas un focus, mais pas non plus un pur hasard", disait Christophe Slagmuylder, directeur du Kunstenfestivaldesarts, au moment du dévoilement de la programmation. L’édition 2018 présente en effet six projets venus du Brésil - pays pétri de profondes inégalités sociales, raciales et économiques, de corruption endémique. "Violence et tensions sociales […] sont des éléments centraux pour comprendre le Brésil d’aujourd’hui", écrit Nayse López, directrice artistique du Panorama Festival (Rio). Elles sont aussi des grilles de lectures - certainement pas exclusives - des spectacles brésiliens présentés cette année au KFDA.

De retour à Bruxelles, où on l’avait découvert pour la première fois en 2004, Bruno Beltrão pose au Zinnema (jusqu’au 11 mai) la dernière pièce en date du Grupo de Rua de Niterói. Le groupe, nom de sa compagnie (qu’il fonde à 16 ans, en 1996), reste fondateur dans le travail du chorégraphe et les chemins qu’il explore. Le groupe comme communauté, comme creuset d’énergie, comme facteur de risque, comme figure géométrique en perpétuelle mutation.

"Inoah" ("hautes herbes", en langue tupi), titre de la pièce, vient du nom d’un quartier de Marica, près de Niterói, à 40 minutes de Rio. Et s’inscrit dans un paysage de plus en plus étroit, ceint de montagnes. La troupe y a travaillé pendant six mois, et est restée imprégnée de ces images. Sur scène, le plateau nu est surplombé de fenêtres étroites, comme donnant sur le ciel et les cimes.

Mais c’est au sol que tout se joue, que se déploie, avec les dix danseurs parfois par entités de deux ou trois, un langage d’une précision inouïe, fait de blocs et de détails, où la virtuosité ne perd jamais son lien au concret, à l’ordinaire, voire au banal, tout en poussant les corps jusqu’à de sidérantes limites.

Déconstruction ludique

Souvent décrit comme celui qui réussit brillamment la synthèse des codes du hip hop et du contemporain, Bruno Beltrão joue tout autant sur leur déconstruction ludique. Et n’exclut aucune forme du champ des possibles physiques. De fulgurances en soudaines suspensions, d’angles aigus en obsédantes démangeaisons, d’élans en luttes furtives, c’est aussi un art organique, parfois presque symphonique, de l’écoute et de l’esquive qui s’offre là. Une complexité savante et une énergie brute qui, ensemble, composent un cocktail détonant.

Radicalement différente, la performance "Orphic Exuberance vs Solar Capitalism" (version courte les 11 et 14 mai, version longue avec artistes invités les 20 et 21, au KVS Top) intercale poésie, objets, sons et figures masquées pour, entre archaïsme et futurisme, invoquer le soleil précieux et destructeur. Un rituel où, parmi les fumées de l’encens, chacun trace son propre chemin.

À noter : le vendredi 18 mai à 18 h 30, à l’Insas, se tiendra une rencontre intitulée "Art&Populism : Brazilian Arts under attack" (en anglais).

---> Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles, jusqu’au 26 mai. Infos&rés. : 02.210.87.37, www.kfda.be

---> Retrouvez sur lalibre.be nos articles sur le Kunsten : bit.ly/dossierKFDA18