Scènes

ENTRETIEN

A 68 ans, Marcel Maréchal n'est pas près de raccrocher. Figure de premier plan du théâtre français de la deuxième moitié du XXe siècle, directeur et animateur de troupe, comédien et metteur en scène, il veille aux destinées, depuis 2001, des Tréteaux de France.

Seule troupe itinérante officielle de l'Hexagone, elle a pour mission de porter le théâtre là où il ne se trouve pas, faute de moyens ou d'infrastructures. Ce Centre dramatique national à nul autre pareil dispose d'un chapiteau de 550 places qui se monte en quatre heures et se démonte en deux. Les Tréteaux donnent des spectacles de factures variées mais essentiellement populaires, dans les villages, les banlieues, les villes nouvelles.

«Quand on m'a proposé cela, après mon départ de la direction du Théâtre du Rond-Point, j'ai hésité, avoue-t-il. Et puis je me suis dit que ce serait un magnifique retour aux sources de notre art. Pour harassant - plus qu'une mission, un sacerdoce! -, c'est un travail terriblement gratifiant. Notre public aime le théâtre et nous accueille partout avec une chaleur sans pareille.» Le parcours artistique de Marcel Maréchal s'est déroulé selon trois axes: des classiques (Molière et Shakespeare), des auteurs contemporains (Audiberti, Vauthier) et des formes épiques et populaires («Fracasse», «Une anémone pour Guignol»).

Chemin faisant, il a dirigé et mené successivement au succès sa première troupe, le Théâtre du Cothurne, et le Théâtre du Huitième à Lyon, puis le Gymnase et surtout la Criée à Marseille. Son expérience au Théâtre du Rond-Point à Paris de 1995 à 200 fut moins heureuse, sa direction ayant été interrompue avant qu'il ait pu, affirme-t-il, la mener à bien. Mais il n'est pas homme à ruminer des rancoeurs, sa tête et son coeur, justement, se portent toujours vers le projet suivant.

En l'occurrence, il travaille depuis deux ans déjà sur «La très mirifique épopée de Rabelais» qui sera la prochaine grande production des Tréteaux. Cette adaptation des cinq livres par son complice François Bourgeat racontera toute l'histoire de Gargantua et de Pantagruel, «en modernisant le moins possible la langue du génial abstracteur de quinte essence».

Dandin ou Charlot à la plage

Mais pour l'heure, c'est avec Molière et Audiberti qu'il arrive en terres brabançonnes. Le chapiteau est resté au logis; les deux spectacles - présentés au festival de Spa l'année dernière - se donneront dans la Grande Aula de Louvain-la-Neuve, à l'invitation de l'Atelier Théâtre Jean Vilar. Un changement de lieu qui n'émeut guère le comédien et metteur en scène: «On s'adapte, c'est notre vocation. Qu'importe le flacon...»

S'il a fréquenté assidûment l'oeuvre de Molière - il a joué et mis en scène «Le Malade imaginaire», «Les Fourberies de Scapin», «Dom Juan», «Le Tartuffe», «L'Ecole des femmes» -, il n'avait jamais monté «George Dandin», sa comédie réputée la plus noire.

«Noire... Je ne suis pas d'accord. C'est ne voir «qu'un côté du monde», comme dirait Puntila. Je sais bien que la plupart des mises en scène de «George Dandin», dès le XIXe siècle et jusqu'aux tentatives les plus récentes, ont privilégié le versant dramatique de la pièce, poussant au noir, au mortifère même, l'histoire de ce riche paysan en butte à une double mésalliance. Mésalliance amoureuse puisqu'Angélique, la jeune et jolie femme qu'il a épousée (ou plutôt «achetée») se refuse à lui et se laisse séduire par un Don Juan de la ville. Mésalliance sociale puisque ce mariage arrangé qui a fait entrer Dandin dans une famille de petits nobles ruinés ne lui rapportera en fin de compte que mépris et railleries. Ne lui reste, à la fin, qu'à «se jeter dans l'eau la tête la première» !... Moi, quand j'entends ça, je pense à Charlot et je le vois se précipiter la tête la première... dans le baquet! Car je n'oublie pas que «George Dandin» est d'abord une farce, un conte populaire, écrit d'une main joyeuse et rapide.»

D'où un décor et des costumes qui situent l'action sur quelque plage de la Belle Epoque, façon Cabourg ou Ostende. «Le temps où la bourgeoisie se fait plus arrogante. On sait comment ça finira. Dans les charniers de la Somme. Mais pour l'heure il fait beau, on rit et le ciel est bleu.»

Louvain-la-Neuve, Aula Magna, du 25 au 30 janvier (de 10 à 18 €). Possibilité de voir les deux spectacles dans la même soirée du 26 au 30/1 (en option, buffet à 20 € entre les deux représentations). Tél. 0800.25.325,

Webwww.ateliertheatrejeanvilar.be

© La Libre Belgique 2005