Scènes

Une critique de Marie Baudet.


La Clinic Orgasm Society regarde vers l’avenir. Ironie, pessimisme et inventivité.

On n’accepte pas d’être les victimes de vos angoisses !" s’insurgent les Ludo et Mathylde de 2046, ceux qu’ont imaginés trente ans plus tôt - aujourd’hui donc - leurs homonymes Ludovic Barth et Mathylde Demarez.

Dès "J’ai gravé le nom de ma grenouille dans ton foie", le spectacle qui les a révélés en 2005, ces deux-là ont joué avec le temps, l’une des trois unités phares du théâtre académique. Groupe artistique transdisciplinaire, la Clinic Orgasm Society se démarque depuis toujours des conventions, à moins de s’en servir pour mieux les détourner, au profit de formes qui ne craignent ni le flou ni l’excès.

Pour "Si tu me survis,…" le tandem s’est projeté dans trente ans pour questionner tant le vieillissement - ce spectre à la fois inéluctable et tant combattu - que l’avenir.

Questionnements intimes

À sa manière ludique et foutraque, la compagnie a nourri d’improvisations sa création. D’angoisses aussi, rien n’étant plus incertain qu’un avenir envisagé à l’aune des systèmes en vigueur.

Avec le concours de Thymios Fountas et Judith Ribardière pour endosser leurs peaux de vieux, de Marielle Pinsard pour la collaboration à l’écriture, de Marc Lhommel pour les lumières et Benjamin Dandoy pour la création sonore, de Laurent Talbot pour la collaboration plastique et d’Odile Dubucq pour les costumes, Ludovic Barth et Mathylde Demarez juxtaposent leurs questionnements intimes. Ainsi, sous des dehors parfois de grand fatras sans logique, "Si tu me survis,…" donne à palper une vraie force de sincérité.

Une cape de superman transformée en tapis sous lequel rampe à grand peine le héros, une forêt d’arbres à chips, un Barbapapa machine à sous/à souvenirs, un terminator prêt à dégommer les ennemis de Saint-Nicolas, une petite ville de carton, une liste des peurs, un banquet déserté… Les idées qui pullulent, souvent puissantes, quelquefois trivales, pour certaines même éblouissantes, laissent au total l’impression d’un puzzle dont les pièces auraient été balancées en vrac.

Grevé de certaines longueurs, ce désarroi provoqué - provocant ? - vient se superposer aux sens multiples que contient cette pièce gigogne, farcie de mises en abyme, d’autodérision, de projections anxieuses et de mélancolie rebelle.

Un objet paradoxal dont on émerge aussi insatisfait que nourri.

Bruxelles, Varia (grande salle), jusqu’au 6 février, à 20h30 (mercredi à 19h30). Durée : 1h30. De 7 à 21 €. Infos & rés. : 02.640.35.50, www.varia.be
Mons, Manège, du 16 au 19 février. Infos & rés. : 065.39.59.39, www.lemanege.com


Solidarité: l’opération Ticket suspendu

Calqué sur le principe du "café suspendu" né à Naples au lendemain de la Seconde Guerre mondiale - initiative lors largement reprise à travers le monde -, le projet "Ticket suspendu" que lance le Varia a pour but de permettre à des personnes précarisées, isolées, réfugiées ou sans-abri de s’offrir une sortie théâtrale. Pour participer à cetteopération, le spectateur ajoute au prix de son propre billet un montant minimal d’1 €. Dès que la somme de 5 € est atteinte, une personne en difficulté a accès à une place sur un spectacle de son choix. Le bénéficiaire en est informé par l’intermédiaire des associations partenaires - dont Espace Social Téléservice, Convivial asbl, le Petit Château, les Petits Riens, la Croix rouge, entre autres.