Scènes Acteur, metteur en scène, pédagogue, il s’est éteint dimanche, à 86 ans.

Né le 1er mai 1932 à Etterbeek, Maurice Sévenants (nom dont il ôtera le S final) a bien plus de trente ans, et déjà un solide bagage (y compris sa formation entre cours privés et Conservatoire de Bruxelles), lorsqu’il décroche sa licence au CET, le Centre d’études théâtrales, en 1968-1969. En 68 d’ailleurs, il préside les États généraux du théâtre. Mais, dès les années 50, il prend part à l’aventure du tout jeune Théâtre national.

Il est le Bartholo du Barbier de Séville de Beaumarchais en 1955-1956 (aux côtés de René Hainaux en Figaro). La saison suivante le voit dans Les Fourberies de Scapin de Molière, La Marieuse de Thornton Wilder, La Bonne âme de Sé Tchouan de Brecht, Antigone d’Anouilh. Tout cela au National - et ce n’est qu’un début.

Décentralisation

Molière, Shakespeare, Gozzi, Pirandello, Bertin, Camus, Dostoïevski, Hugo, Gorki… Le comédien se frotte aux multiples accents et facettes du répertoire. Il joue au National, au Rideau de Bruxelles, à l’Ancre de Charleroi, il arpente la Belgique avec le Théâtre de l’Équipe. En 1959 naît l’IAD, Institut des arts de diffusion ; Maurice Sévenant compte parmi ses fondateurs. Dans la foulée, il créera et animera le Théâtre de l’Alliance, troupe itinérante au sein de laquelle les étudiants de l’IAD peuvent s’immerger dans les métiers du théâtre. Avec la décentralisation en ligne de mire : faire voguer le théâtre vers les publics.

"Le théâtre est un art de communion : communion des artisans du spectacle et de l’œuvre, communion de la salle et de la scène. L’art dramatique n’existe pas seulement derrière une rampe de lumière, par des acteurs qui incarnent la pensée d’un écrivain, mais dans le don de cette pensée à une assemblée qui la reçoit avec sympathie, unie dans une salle obscure" , écrivait Maurice Sévenant dans le programme du Capitaine Fracasse, pour les 10 ans du Théâtre de l’Alliance, en 69-70.

Le regard large, franc, perçant, englobant

Se réclamant de Jacques Copeau, il a le regard large, franc, perçant, englobant, auquel n’échappe pas le jeune public. En 1976, Maurice Sévenant participe à la mise sur pied de la CTEJ, la Chambre des théâtres pour l’enfance et la jeunesse, qui rassemble aujourd’hui des dizaines de compagnies professionnelles, représente le secteur, en favorise le développement et la reconnaissance. 

Maurice Sévenant dans "Synovie" de la Cie Gazon-Nève, créé en 2014 aux Riches-Claires, repris en 2015 au Théâtre de la Vie.
© Quentin Marteau

Vaclav Havel, Dario Fo, Jean Louvet… Politique et poétique passent par sa voix, qu’il met aussi au service de Jacques Delcuvellerie dans La Mère de Brecht, La Mouette de Tchekhov ou le phénoménal Rwanda 94 . En 2004, Maurice Sévenant livre un mémorable Oh les beaux jours de Beckett, dans lequel il met en scène Monique Fluzin, qui fut sa compagne pendant plus de cinquante ans. Toujours à l’écoute de la création, l’acteur participa encore à celle de Synovie, de la compagnie Gazon-Nève, en 2014.