Scènes Pour le théâtre jeune public, la rentrée, c’est maintenant, à Huy, grâce aux Rencontres toujours aussi prometteuses. Huit jours durant, celles-ci vont en effet permettre de découvrir les nouvelles créations et les merveilles, ou non, concoctées pour nos enfants et adolescents par des artistes de grand talent. Car il faut sans cesse le répéter, le théâtre jeune public n’est pas du sous-théâtre. Vivier de créativité, il attire au contraire des artistes de tous bords venus se frotter à l’audace parfois présente et souvent espérée ici. Chaque année donc, les mêmes attentes à l’aube d’une semaine intense qui affiche pas moins de 42 spectacles ! Jamais sans doute les Rencontres de Huy n’auront autant mérité leur surnom de marathon. Un marathon pour lequel il faut s’échauffer. Pas facile donc d’ouvrir le feu comme a dû le faire Mohamed Bari en présentant "Le Prince d’Arabie", samedi, à 9h30 du matin devant un public tout bronzé avec encore trois grains de sable entre les doigts de pied et des lunettes de soleil sur le nez.

Soutenu par la Charge du Rhinocéros, qui s’investit pour la première fois dans le secteur, ce conte de Mohamed Bari, qui s’était déjà fait remarquer par la singularité de son écriture dans "Lost Cactus" par la Galafronie, était sans doute une des attentes des Rencontres. Le jeune comédien y confirme sa réelle présence scénique et cette approche personnelle du théâtre mais "Le prince d’Arabie" tarde à traduire la tension qui se cache derrière ce jeune garçon amoureux des six filles du voisin tyrannique. Auteur, interprète et metteur en scène, Mohamed Bari aurait sans doute gagné à se laisser diriger par quelqu’un d’autre. Néanmoins, "Le prince d’Arabie" contient de belles promesses et la scénographie de Julia Weisbrich avec, par exemple, des robes de tailles différentes pendues à une corde à linge pour symboliser les six petites voisines, est une des trouvailles du spectacle joué avec une belle économie de moyens. A suivre.

Sur la corde raide des émotions

Clés des créations d’un théâtre très visuel, les scénographies retiennent d’ailleurs souvent l’attention à Huy. Le nouveau spectacle de la Cie Arts et Couleurs, arrivée voici une douzaine d’années à Huy, ne fait pas exception à la règle. Généralement excellente dans le vaudeville, genre oh combien difficile, la petite troupe de Martine Godard balade cette fois les enfants de six ans et plus sur "La corde raide" des émotions et de la nostalgie grâce au texte de Mike Kenny, auteur majeur du théâtre jeune public en Grande-Bretagne. Un tapis vert, un train électrique et l’arrivée d’Esmé qui chaque fin d’été vient retrouver son Papy et sa Mamie. Mais cette année, mamie n’est pas là et Papy élude la question du mieux qu’il peut. Le jour où Esmé trouvera les lunettes de sa Mamie, elle comprendra qu’il y a un sérieux problème et que sa grand-mère n’est peut-être pas partie au cirque avec sa robe à paillettes et son parapluie rose. Une écriture fine et poétique pour parler de la première rencontre, souvent, des enfants avec la mort : la perte d’un grand-parent. Un très beau travail aussi de marionnettes sur table, réalisées par J-C Lefèvre. Ne maîtrisant pas cet art-là, Martine Godard a fait appel au géant du genre, Neville Tranter qui est venu les "coacher" comme on dit aujourd’hui et le résultat s’avère réellement convaincant. Manipulant à vue, Gauthier Vaessen, un Papy touchant, et Sabine Thunus, une Esmé très naturelle, créent une vraie complicité avec leurs poupées de latex et de pâte à bois. Dans la salle, on entend les gorges se nouer.

Dans le laboratoire scientifique…

Si le théâtre jeune public résiste rarement au chant de la nostalgie, il peut aussi s’inscrire dans un espace résolument actuel et nous propulser sur la lune à coup de mini tablette et de fusées de plastique. Toujours en quête de nouvelles formes, les Mutants, pionniers du jeune public, varient les plaisirs. Seul leur peps est toujours identique. Chimistes en herbe, "Miss Ouifi et Kóubrev font des expériences" comme adorent les faire les enfants si l’on en croit le succès de jeux tels que "Le petit chimiste". Rigoureuse, scientifique et plutôt sèche, même si elle finira par trahir ses sentiments, Fanny Hanciaux, alias Miss Ouifi, distille ses ordres comme l’éprouvette ses potions magiques pendant que Marc Weiss, obtempère, de manière souvent maladroite. Il en pince, en outre, pour la damoiselle mais risque de compromettre ses chances, à force de lui marcher sur les pieds, d’oublier le gaz ou de mettre le feu en ce laboratoire scientifique où les fusées se fabriquent à coups de bouteilles plastique sur fond de musique jazz, des chansons de Peau d’Ane ou de "Space Oddity" de David Bowie. Une partition musicale qui participe pleinement à la réussite d’un spectacle inventif et très chorégraphié, mis en scène par Dirk Opstaele. C’est la deuxième fois que les Mutants font appel au directeur artistique de l’Ensemble Leporello et l’alchimie fonctionne à nouveau, comme celle des sentiments entre Miss Ouifi et son rouquin d’assistant. Un décor à base de matériaux de récup’, pas d’utilisation abusive d’artifices, des effets spéciaux toujours à vue et un retour parfois à l’essentiel tel ce globe en terre glaise que les humains se partagent au fil à plomb pour tenter de déjouer ensuite les lois de la thermodynamique ! Déjà programmé au festival "Noël au théâtre", "Miss Ouifi et Kóubrev font des expériences" sera au Théâtre royal de Namur le 3 janvier et à La montagne magique du 11 au 16 janvier. Réservez sans tarder.