Scènes

Les Rencontres théâtre jeune public se sont achevées hier mais il reste encore quelques cartons à déballer. Tels, précisément, "Cartoon" et sa folle énergie dansée par quatre personnages couverts de strass, de paillettes ou de peaux de bêtes qui se laissent déborder par leur imagination et adoptent un langage corporel festif, animal, féroce, extravagant, délirant et hypnotisant. Borborygmes et grognements à l'appui. Entre pas enlevés et fantaisistes, traversées virevoltantes de plateau, soubresauts maladroits et petits drames quotidiens. Chacun danse pour les autres, l'histoire collective devient individuelle et l'on se laisse porter par ses excès, par les arias classiques ou musiques pop et par la belle personnalité d'Angel Duran Muntada, de Mami Izumi, d'Ioulia Zacharaki et de Anna Lambrechts. Une chorégraphie de Tom Daniels et de l'Antonlachky company, une des nombreuses nouvelles venues à Huy à laquelle le jury, présidé par Janine Ledocte, de la Cocof, a décerné le prix de la ministre de la Culture, Alda Greoli. Voilà un coup d'essai qui pourrait s'apparenter à un coup de maître.

Jean Jean confronté à sa banalité

Dans un style très différent, après un "Trait d'union", récit autobiographique d'un adolescent boulimique qui avait remporté en 2014 un franc succès, "Jean Jean", de la compagnie Trou de Ver, créé l'hiver dernier au Varia, pourrait aussi connaître une belle destinée même si cette deuxième création se révèle moins percutante. Un plateau quasi-nu, une structure en croix métallique, trois comédiens qui changeront de rôle et des spectateurs assis en quadrifrontal. Le côté brut de décoffrage sied bien au théâtre pour ados. Comme les thématiques et ambiances un peu plombées.

La question de la banalité fait sens, à cet âge difficile. Le jeune ressent à la fois l'envie de se fondre dans le moule mais craint par dessous tout de passer inaperçu. "Quinze minutes, le matin, dans la cour de récré, c'est jouable. Une heure à midi, cela devient vachement long", dit en substance Jean Jean, alias Brice Mariaule, qui a repris le rôle joué au Varia par Guillaume Kermusch, auteur et interprète de "Trait d'union", actuellement sollicité par le cinéma.

Insipide, Jean Jean s'ennuie à mourir et nul ne répond à ses demandes d'ajout sur Facebook. Il en vient à souhaiter mourir pour qu'on parle enfin de lui, change de tenue plusieurs fois par jour pour attirer l'attention, suit Arthur, "le mec le plus cool de l'école" à la trace et finit par organiser une "méga soirée" prête à déraper. Une mise en scène, rythmée par des chansons, du rap ou du slam, d'une sobriété efficace signée Valentin Demarcin pour une tranche d'adolescence qui parlera sans doute à de nombreux jeunes confrontés à cette même banalité

Le talent de Mélancolie Motte

Il y eut encore d'autres belles découvertes sur lesquelles nous reviendrons comme l'élégant, surprenant et parfois clownesque "Ma Tache" ou l'exploration de l'altérité par Clara Lopez Casado qui joue avec son ombre, le très ludique, humoristique et dynamique "Système 2" de la Cie "Les pieds dans le vent", nos rapports aux écrans racontés avec intelligence et en musique par La Berlue, etc. Mais l'on voudrait, avant de partir, saluer en deux mots la prestation de la conteuse Mélancolie Motte qui a réussi, seule, sans décor ni artifice, avec élégance et un texte dense, à capter de manière formidable l'attention de toute une salle, à l'issue d'une semaine de Rencontres et de trente-six représentations. Être programmé en fin de Rencontres n'est pas un cadeau. Il en faut donc du talent pour tenir le spectateur en haleine tout au long de "La Femme Moustique", Conte Monstrueux du Merveilleux qui dénonce les ravages de l'amour et de la tyrannie.