Scènes

CRITIQUE

Depuis son premier monologue, `Le 183e jour´, qu'il avait mis en scène et interprété au Théâtre de Banlieue en 1991, on sait que la scène belge tient en Stanislas Cotton un poète. Dix ans plus tard, fort d'un succès public et critique avec `Bureau national des Allogènes´, créé par Christine Delmotte et sa Compagnie Biloxi 48 en 2001, puis d'un remarqué `Appoline Lonlère à Rome´, voici cet auteur jeune encore (il a 38 ans), à l'affiche de deux théâtres bruxellois.

Comme les créations précédentes, celles-ci sont dues à des metteurs en scène femmes: `Je crois en effet qu'il y a une importante part de féminité dans mon écriture´, dit cet heureux père de deux enfants.

Liberté intérieure

Après sa très belle mise en scène de `Bureau national des Allogènes´, Christine Delmotte retrouve avec bonheur cette écriture tour à tour incisive et lyrique dans `Le Sourire de Sagamore´, au Théâtre de la place des Martyrs.

Luc Fonteyn joue le personnage titre, Sagamore de Tralala, businessman féroce qui n'hésite pas à commanditer le meurtre d'un rival en affaires. A la stupéfaction de son éminence grise, confident et ami, Anatole Fadaboum (l'excellent Francesco Mormino), le magnat découvre tout soudain l'art, l'amour et les `vraies´ relations humaines par le truchement de la critique d'art Lucille Rose (fine et sensible Cathy Boquet).

Il y a une réelle invention, une liberté de ton et des trouvailles de langage dans ce spectacle (apparitions drolatiques et émouvantes des ascendants défunts du héros, par exemple). Mais il y a aussi des longueurs, certaines candeurs et un recours parfois excessif aux jeux de mots. A quoi s'ajoute une volonté délibérée de déréaliser qui tantôt séduit, tantôt agace.

Sans susciter une adhésion complète, l'ensemble porte la marque d'un vrai auteur dramatique, contemporain, marqué par des réminiscences du merveilleux à la Paul Willems, des décalages à la Jean Sigrid ou des flambées de lyrisme à la Koltès. On est aux antipodes du scepticisme à la mode. Le théâtre de Stanislas Cotton semble mû par une acceptation du fait humain dans sa contradictoire totalité, sublime, grotesque et horrible compris.

Sur `Les Dents´

Dans `Les Dents´, mis en scène par Layla Nabulsi au Théâtre de la Balsamine, l'équilibre entre ces qualités et ces défauts bascule irrémédiablement du côté des seconds. Une distribution irréprochable composée du comédien sénégalais Ansou Diedhiou (le fils), Dominique Grosjean (la mère), Soraya Amrani (la fiancée) et Giovanni Guzzo (le père) met d'autant mieux en évidence le déséquilibre entre un humour très `Pieds nickelés´ et un propos un peu benoîtement pacifiste. On ne saurait gagner à tous coups...

Théâtre de la place des Martyrs, jusqu'au 7 décembre. Tél. 02.223.32.08.

Théâtre de la Balsamine, jusqu'au 30 novembre. Tél. 02.735.64.68.

© La Libre Belgique 2002