Scènes

Décidément dansant, le début du printemps (où se chevaucheront aussi en partie le festival Via et la Biennale de Charleroi/Danses, cf. LLB du 21/2, sans parler de la déferlante circassienne, lire en p. 17) fait la fête aux amoureux du mouvement. L'opération FranceDanse Europe, première du nom, réunit du 1er au 28 mars six partenaires belges et, sous la houlette de Culturesfrance (ex-AFAA, Association française d'action artistique), sept compagnies qui, centres chorégraphiques nationaux ou troupes indépendantes, donnent en dix spectacles un aperçu de la création chorégraphique française, de sa diversité esthétique notamment, de ses langages, de ses personnalités. Le tout sur des scènes où la danse a droit de cité.

Au Théâtre 140, Jo Dekmine et Renée Paduwat ont programmé trois objets radicalement différents. Le "Journal d'un inconnu" de Josef Nadj ouvre le feu du festival les 1er et 2 mars : un soliloque gestuel pour évoquer deux amis du passé yougoslave du chorégraphe, des artistes ayant choisi de mourir. Ainsi Nadj parle "de leur oeuvre qui reste suspendue", mais sans nostalgie ni même catharsis, dit-il. Plutôt par une "nécessité intérieure de les faire revivre", avec l'humilité de celui qui affirme qu'"il faut être un créateur influençable : on apprend comme ça, on avance comme ça". Ici il observe comment son langage, gestuel, peut traduire le leur, littéraire ou pictural.

Dans un genre très différent mais qui tout autant revendique la contamination, on goûtera à l'"Encyclopédie des tendances souterraines" de Marcia Barcellos et Karl Biscuit, les 6, 7 et 8 mars (lire ci-dessous). Et c'est un Georges Appaix chanteur que l'on découvrira dans le récital de "Non seulement..." le 10 mars, au cours d'une soirée composée avec "Fuera de Compas" par Las Chucherias, soit une visite au Musée du Prado par deux praticiennes du flamenco qui s'arrogent le droit d'en rire. Voilà qui pose les marques de la diversité !

En voici une autre facette encore avec un "Sacre du printemps" qui, s'il a été mille fois joué, connaît dans la chorégraphie du Franco-Algérien Heddy Maalem une vie neuve : un sacre africain, "un continent tout entier contenu dans l'espace qui sépare le jour qui finit de celui qui commence". Un printemps noir et brûlant qui se donnera successivement à Wolubilis (9/3), au Manège à Liège (10 et 11/3, avec l'OPL) et au Théâtre de Namur (13/3).

Mathilde Monnier elle aussi, chorégraphe et directrice du Centre chorégraphique national de Montpellier, sera présente en plusieurs lieux, avec du reste trois spectacles distincts. Au Théâtre de la Place, à Liège, elle présentera "Publique" : l'énergie folle et pure de la danse, sur la musique doucement enragée de PJ Harvey (6/3). Au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles la chorégraphe se livre à un duo avec l'écrivain Christine Angot, décodant de concert les rituels de la société bourgeoise, interrogeant son goût pour l'art : "La Place du singe" (13/3, spectacle précédé, la veille, d'une rencontre littéraire avec Christine Angot). Autre rencontre de la chorégraphe, cette fois avec le chanteur Katerine, pour "2008 Vallée" aux Halles de Schaerbeek (19 et 20/3, lire ci-dessous).

Le Centre chorégraphique national de Grenoble fait escale à Liège avec, sans fard ni artifice, "Des gens qui dansent" de Jean-Claude Gallotta - entre famille et individu, mouvements de groupe et duos, humour et gravité (14/3, Théâtre de la Place). Enfin la jeune compagnie composée de Pierre Rigal et Aurélien Bory présente à Namur "Erection", solo ingénieux auquel se mêle la vidéo pour dire le passage d'un être couché à la position debout. Poésie fragile, recherche formelle, une brève histoire de l'humanité (27 et 28/3).

FranceDanse Europe, du 1er au 28 mars.

Bruxelles, Théâtre 140 (02.733.97.08, www.theatre140.be), Halles de Schaerbeek (02.218.21.07, www.halles.be), Palais des Beaux-Arts (02.507.82.00, www.bozar.be), Wolubilis (02.761.60.30, www.wolubilis.be).

Liège, Théâtre de la Place et Manège (04.342.00.00, www.theatredelaplace.be).

Namur, Théâtre royal et Grand Manège (081.226.026, www.theatredenamur.be)