Scènes

Après les papys, les post-ados : le Théâtre de la Valette surfe sur les générations. Les personnages de Xavier Daugreilh ont l'âge des égoïsmes invincibles et des certitudes inoxydables.

Dans "Accalmies passagères", Molière de la meilleure pièce comique en 1997, deux hommes et deux femmes se cherchent et se cachent à la fois. Une peur viscérale de la solitude et la nostalgie d'une liberté qui ne serait que choisie les poussent les uns vers et contre les autres. Artistes, employée ou chercheur au CNRS, leur grande préoccupation c'est de se caser, d'être "avec" quelqu'un.

Drôle et parfois émouvante, cette comédie pour quatuor de trentenaires tire plutôt sur la musique de chambre que sur le rock, et penche plutôt vers Marivaux que vers Feydeau. Sauf que ce n'est pas l'amour que les personnages mettent à l'épreuve, mais leur aptitude au bonheur. On rit, on sourit, on écrase même une larme à l'occasion. Si on est de leur âge on se reconnaît, si on a passé le cap, on se souvient. Et si l'on s'étonne, c'est qu'il est temps de réapprendre à écouter les jeunes...

Mise en scène par Patrice Mincke, la réalisation du Théâtre de la Valette a beaucoup de charme. Il a su choisir et piloter son quadrige pour mener l'affaire à bon port, c'est-à-dire jusqu'au happy end final après la traversée des apparences. Dépouillée, la scénographie dénude tout le plateau et maintient donc les comédiens en scène pendant la durée du spectacle : même hors jeu, ils jouent encore.

Anne-Laure Macq est très convaincante en Marie-Annick, la bonne copine de service, pleurnicheuse à ses heures, qui déplore qu'on la traite comme "une vieille chaussette". Grand coeur qui se rêve mangeuse d'hommes, elle recueille le peintre Thierry (Didier Colfs) quand il se fait larguer par la cinéaste en herbe Hélène (Maia Baran). Cette dernière vient en effet de tomber pour Patrick, jeune homme sérieux au profil de gendre idéal (Bernard d'Oultremont).

Ce que femme veut...

Ce dernier fait une belle composition pour son retour sur les planches. Matheux "coincé" mais amoureux, il "se lâche" en discothèque dans une scène mémorable. C'est qu'il a peur de perdre sa belle en l'ennuyant et envie son ex, le "cool" Thierry. Campé par un Didier Colfs en pleine forme, celui-ci s'avère en réalité un énervé de première, bavard, angoissé et hypocondriaque, qui trompe ses pannes d'inspiration en faisant le ménage et en mijotant des petits plats.

Les filles sont bien d'aujourd'hui. Maia Baran donne généreusement au personnage d'Hélène, excessive et instable, véhémente et blessée, jalouse et débraillée. Elle se rabiboche avec Marie-Annick autour d'une bonne bouteille (et même de plusieurs...), ce qui nous vaut une scène de confidences féminines pas piquée des hannetons. Pour finir - et là, rien de nouveau sous les flèches de Cupidon - elles obtiendront toutes deux ce qu'elles veulent.

Léger mais sincère, le propos tient par l'engagement et la cohérence du jeu, même si les acteurs connaissent quelques baisses de régime au cours de la représentation. L'écriture est allusive et rapide, parfois un tantinet compliquée, jamais vulgaire. Daugreilh aime ses personnages et parvient à les rendre aimables.

Ittre, Théâtre de la Valette, jusqu'au 4 février. Tél. 067.64.81.11. Web www.lavalette.be

© La Libre Belgique 2007