Du ciel où gronde l’orage tombent des oranges

Marie Baudet Publié le - Mis à jour le

Scènes

Ceci n’est pas du théâtre documentaire, nous prévient-on d’emblée, histoire qu’on ne s’attende pas à un spectacle dans l’esprit de celui du Nimis Group, "Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu", récemment créé au National. Pourtant "Arance" a été inspiré à Pietro Marullo - fraîchement sorti de l’Insas - par les immigrés transitant par Lampedusa et entrant en révolte en Calabre, alors qu’il était à Naples, sa ville natale, en 2010.

Voyages

Des bidonvilles où, dans le sud de l’Italie, s’entassent les travailleurs saisonniers - esclaves d’aujourd’hui -, le jeune metteur en scène remonte le temps jusqu’aux origines de l’humanité et à l’invention de l’agriculture (le tout en ayant recours à une très parlante transposition de l’histoire de la terre à l’échelle d’un siècle).

Deux voyages avec son équipe (l’un en Calabre, l’autre dans les Pouilles) ont nourri le spectacle à naître : par les constats et le fond à traiter (des immigrés, souvent africains, travaillant dans des conditions d’extrême précarité dans d’immenses exploitations agricoles aux mains des multinationales), par la forme à lui donner. "Il fallait transformer la question, la transcender. J’ai choisi de l’évoquer à travers un langage plastique", détaille Pietro Marullo.

Allégorie et métaphore

Signifier, donc, sans surligner. L’exercice est délicat. Allégorie et métaphore vont ainsi dominer le spectacle, avec la force d’images très construites et parfois saisissantes. Pietro Marullo, pour commencer, fait entrer les spectateurs dans la grande salle par un chemin inhabituel : sous des draps blancs, des formes humaines sont allongées contre les murs de la cage d’escalier. Le gradin usuel, rétracté, sert de fond au plateau et deviendra un élément fort de la scénographie. Une vague métallisée, mouvante, inquiétante, sombre et fascinante, ouvre le spectacle - dont une première version avait été présentée au festival Emulation, à Liège, en 2015.

Avec ses agents scientifiques bottés et masqués de blanc et son jeune homme noir comme figure anonyme et centrale, le projet rassemble cinq comédiens (Paola Di Bella, Noémi Knecht, Adrien Ltartre, Jean Hamado Tiemtoré, Baptiste Toulemonde) et dix élèves de 4e secondaire du Centre scolaire de l’Enfant Jésus d’Etterbeek. Cette distribution, atypique et nombreuse, compose des tableaux dont l’indéniable puissance plastique, parfois, s’étiole dans la durée. Un équilibre à affiner, pour un exercice aussi ambitieux qu’audacieux dans l’hybridation des genres.

Bruxelles, Varia (grande salle), jusqu’au 5 mars, à 20h30 (mercredi à 19h30). Durée : 1h10. De 7 à 21 €. Infos&rés. : 02.640.35.50, www.varia.be