Scènes

Mathilde Monnier avec 12 danseurs, pour un spectacle racontant l’Argentine sous forme de bal populaire.

Sur scène, une salle de bal rappelant le décor semblable du mythique « Kontakthof » de Pina Bausch. Douze jeunes danseurs argentins viennent s’asseoir sur des chaises, face à face. Ils ont les vêtements des folies de Buenos Aires et en changeront sans cesse: talons vertigineux, robes évanescentes, couleurs fluo, sans peur de la vulgarité.

Mathilde Monnier aidée de l’écrivain argentin Alan Pauls a créé ce spectacle à Buenos Aires avec l’intention de représenter les 40 dernières années de l’histoire de l’Argentine, mais passées au crible des corps et des voix des danseurs. II n’y a ni narration, ni textes, juste un bal populaire et des saynètes. La grande Histoire s’exprime à travers les traces et souvenirs laissés aux danseurs. Ceux-ci chantent plus ou moins bien les chansons qui ont marqué chaque époque et ébauchent ou déconstruisent des pas de salsa, techno, samba, cumbia, rap, hip hop ou chamamé.


Il faut être bien au fait de l’histoire et de la culture argentine pour saisir ces évocations apportées par les danseurs eux-mêmes. On sent qu’on évoque tantôt les années noires, la dictature, tantôt le roi football, la fête ou les résistantes de la place de Mai avec leur danse des foulards. Mais pour l’essentiel cela reste très loin des spectateurs dans un micmac argentin certes plein d’énergie mais qui trop souvent s’étire sans fil.

Dans les rares meilleurs moments, on peut s’imaginer sur une place de Buenos Aires dans la nuit, avec quelques aboiements au loin (on les retrouve dans la pièce) à suivre un groupe lancé dans une épuisante danse hip hop. Parfois, on est pris par ces corps tremblant comme sous la torture.

Le tango, lui, n’arrive qu’à la toute fin, plus consensuel, plus cliché certes quand on parle d’Argentine, mais qui nous vaut un beau moment avec ce couple qui commence à danser, peu à peu rejoint par les autres danseurs pour former une chaîne cocasse et belle, rappelant à nouveau Pina Bausch, avec en prime une femme qui se met à mener la danse, clin d’oeil aux machos argentins.

Mais comparer « El Baile » au « Kontakthof » de Pina Bausch c’est hélas mesurer le fossé qui les sépare.


  • El Baile au Théâtre National à Bruxelles, jusqu’au 16 novembre; à Charleroi danse le 18 novembre; au Théâtre de Namur du 29 novembre au 1er décembre; au Théâtre de La Louvière le 3 décembre.