Scènes Une nouvelle chronique de Thomas Gunzig, mise en scène par David Strosbert, aux Tanneurs. Critique.

On le connaît chroniqueur (sur la Première), romancier (récemment primé), nouvelliste, dramaturge (notamment pour Jaco Van Dormael et Michèle Anne De Mey)… La plume alerte de Thomas Gunzig avait déjà séduit David Strosberg qui monta “Et avec sa queue, il frappe”, monologue où scintillait Alexandre Trocki. De retour, le trio se mue en quatuor, avec Anne-Pascale Clairembourg pour former le couple d’“Encore une histoire d’amour”.


“T’imaginais tout ça il y a un an ? Que cette histoire devienne une histoire ?” demande Alex à Anne. Ils sont chez elle, lieu exclusif de leurs rendez-vous hebdomadaires. Ils sont amants. Bientôt il va retrouver femme et enfants. En attendant, l’heure est aux confidences. Une histoire d’adultère, trame classique des arts narratifs… Classique mais pas que. Car l’auteur, avec sa verve coutumière, injecte du drame dans la comédie, de l’anecdote dans l’allégorie – et inversement – histoire de réveiller le tout. Avec parfois l’effet contraire : tel récit s’étire, tel échange s’étiole… L’universalité du propos et l’habileté de l’artifice ne font pas tout. Et le verbe, tout piquant qu’il soit, succombe parfois aux clichés.

Pour autant, dans la salle, les rires fusent, l’émotion est palpable. Comment ne pas reconnaître des sensations, des sentiments, des situations ? “Encore une histoire d’amour” interroge la réalité de l’amour, sa légitimité, sa clandestinité, la force et la fragilité du désir, la fugacité des instants choisis, la spontanéité et le calcul, la durée et l’usure.

© Stef Stessel

C’est bien d’une chronique qu’il s’agit ici, et Thomas Gunzig s’y connaît pour générer des images mentales fortes à coups de métaphores efficaces. Régulièrement le nouvelliste prend le relais, qui intercale dans l’ensemble des parenthèses plus ou moins abracadabrantes, toujours très imagées. Reste l’acuité de l’observation, au service d’un répertoire – assez juste – de tous les états du couple : les plus exaltants et les plus tristes, les charmants et les usés.

La scénographie et Marie Szersnovicz et les lumières de Harry Cole servent d’écrin au jeu des comédiens dans une mise en scène sobre, loin du boulevard dont le sujet est familier.

  • Bruxelles, les Tanneurs, jusqu’au 14 octobre, à 20h30 (mercredi à 19h). Durée : 1h20 env. De 8 à 12 €. Infos & rés. : 02.512.17.84, www.lestanneurs.be