Scènes

Très belle version de « Sonate d’automne » d’Ingmar Bergman au petit théâtre Le Boson.

Le petit et très chaleureux théâtre Le Boson à Ixelles, créé et dirigé par Bruno Emsens, permet, par sa petite jauge, d’être tout proche des comédiens et des textes qu’ils jouent. Une intimité rare. On est quasi sur la scène avec eux, plongé dans les mots et dans le jeu de acteurs. Bien sûr, c’est un risque: ça passe ou ça casse. Pas de recul possible.

Sonate d’automne de Bergman mis en scène par Bruno Emsens, passe très bien. On est littéralement happé par le drame familial qui se joue tout près de nous. On est dans la chambre où se retrouvent Eva et sa mère Charlotte.

On connaît l’histoire racontée par Bergman dans un film mémorable. Eva habite avec son mari, un presbytère perdu quand sa mère qui n’était plus venue depuis sept ans débarque. Elle vient de perdre son compagnon Léonardo. Elle est une femme forte, mais aussi hystérique et égocentrique, grande pianiste internationale, elle a toujours privilégié sa carrière et ses voyages, à sa famille.

Elle découvre cette nuit là, en écoutant Eva que celle-ci a souffert un enfer tout au long de son enfance et de son adolescence, jamais reconnue par sa mère, jamais aimée, niée dans son être. Et Charlotte persuadée d’avoir tout bien fait est désemparée devant cette haine qui éclate chez sa fille.

"Il n'y a jamais de bon lien mère-fille"

Les psychanalystes disent qu’il n’y a jamais de bon lien mère-fille, qu’il est toujours problématique. Mais ici, Bergman, ce génie de l’introspection, pousse le conflit à son acmé.

D’autant qu’à l’étage, il y a la soeur Lena, lourdement handicapée d’une maladie qui pourrait bien être psychosomatique, due à la mère et à des relations très ambiguës que son beau-père a eu avec elle.

Bergman est l’homme de l’impossibilité de communiquer. Il fallait deux comédiennes très fortes pour porter ce combat sur scène. Jo Deseure en Charlotte hystérique et narcissique et Julie Duroisin formidable en Eva, la fille meurtrie, niée toute sa vie par sa mère, ne jouent pas ces rôles, elles les incarnent, elles sont ces femmes.

Assis tout contre leurs corps et leurs visages, on voit leurs larmes, leurs tics, leurs surprises.

Sur scène, il y a un grand piano et la musique qui, loin d’adoucir les moeurs, les porte à leurs extrêmes. Chopin y signifie la souffrance de ces deux femmes car Charlotte, la mère, souffre autant que sa fille. La tragédie surgit quand il n’y a pas un bon et un mauvais, mais deux êtres fracassés par la vie.

  • Sonate d’automne, au théâtre Le Boson, 361 chaussée de Boondael, Ixelles, jusqu’au 26 octobre, www.leboson.be 
  • Prolongations du 6 au 16 novembre.