Scènes

Avec «Je rêve (mais peut-être que non)», Luigi Pirandello signait en 1929 la dernière de ses pièces en un acte, l'une des plus énigmatiques à être sortie de sa plume. Flottant entre rêve et réalité, entre sommeil et veille, entre inconscient et conscient, l'oeuvre met en scène un couple on ne peut plus indéterminé: un homme en habit et une jeune femme, qu'observe un valet de chambre silencieux.

Une sourde menace pèse sur leurs échanges où fusent des éclairs de jalousie, des élans meurtriers, de subits retours de tendresse. Ce climat annonce les univers de Beckett et de Pinter, tout en portant la patte de ce maître métaphysicien de l'ambiguïté qu'était Pirandello. C'est une oeuvre ouverte, aux nombreux niveaux de lecture possibles.

Commencer une carrière de metteur en scène par un projet aussi ambitieux ne relève évidemment pas de la facilité. D'origine italienne et formée au Conservatoire de Liège, Emanuela Ponzano a pris la pièce à bras-le-corps, confiant les deux rôles principaux à Saskia Brichart et Benoît Verhaert.

Présenté au Festival de Spa, mercredi, dans le Salon gris du Casino, son spectacle tire vers la farce absurde, engageant les acteurs dans un jeu expressionniste, avec de brèves incursions dans une veine réaliste, presque boulevardière. L'atmosphère cauchemardesque voulue par l'auteur vire ici au Grand Guignol.

A l'instar des marionnettes exhibées par le personnage muet qui ouvre et clôt ce jeu de masques (Hugues Hausman, tout droit sorti de «Fin de partie»), les acteurs paraissent agités par des passions aussi irrépressibles qu'imprévisibles et impartageables.

Le spectateur reste à distance de ces pauvres contorsions, par trop caricaturales pour susciter une quelconque adhésion. Essai intéressant mais, à notre avis, non transformé...

Spa, Salon gris du Casino, jusqu'au

20 août. Infos & rés.: tél. 0800.24.140,

Webwww.festivaldespa.be

© La Libre Belgique 2005