Scènes Patrick Donnay et Jeannine Horrion ont présenté le Théâtre Episcène, nouveau venu dans le paysage avignonnais, qui sera opérationnel pour le festival 2018.

C’est l’histoire d’une conviction portée par deux passionnés : un comédien (National, entre autres) et programmateur (Paroles d’Hommes, Mnema, VTS), et une fondue de théâtre, "rêveuse et travailleuse" acharnée. Tous deux fréquentent le Festival Off d’Avignon, haut lieu qui continue d’attirer les programmateurs. Où "le théâtre belge a la cote" et où les compagnies ont l’opportunité de faire voir et vivre leur travail, souligne Patrick Donnay. Jeannine Horrion est celle "sans qui cette aventure n’aurait pu exister". L’aventure : acquérir un lieu dans la cité des papes, et y promouvoir les artistes belges. 

La salle du Théâtre Episcène (anciennement Ninon), en parfait état de fonctionnement, compte 98 places offrant chacune une parfaite vision du plateau.
© Episcène

Au printemps 2017, Jeannine, Patrick et leurs comparses prospectent, visitent, rêvent, projettent. Or Stéphane Marteel, propriétaire de cinq théâtres dont la Luna, vend l’un d’eux : le Ninon. Intramuros, doté d’une salle en parfait état et surplombé d’un vaste appartement. La machine est lancée. "Les contacts sont incessants entre la Belgique et la France et, en 40 jours, le dossier est bouclé", raconte Jeannine Horrion, fondatrice et administratrice générale du Théâtre Episcène, dont Patrick Donnay sera le directeur artistique. Fin connaisseur du terrain avignonnais, l’ancien propriétaire serait un conseiller hors pair pour les nouveaux venus - s’il n’avait trouvé la mort peu de temps après dans un accident de la route.

Cherchant au théâtre un nouveau nom, ils explorent diverses pistes. "Stéphane - comme Dominique ou Claude - est un prénom épicène, donc masculin et féminin. On a creusé dans cette direction, ajouté un S en sa mémoire. En grec, epi signifie sur… Ce sera donc le Théâtre Episcène."

Le jeu du Off

Après l’Eldoradôme monté l’an dernier par le Poche et l’Ancre - mais dont l’avenir est compromis, à en croire Jean-Michel Vanden Eeyden, directeur de l’Ancre, à la suite des nouveaux contrats-programmes -, le Théâtre Episcène se présente donc comme une nouvelle vitrine pour les artistes belges à Avignon. Avant eux, il y a le Théâtre des Doms - pôle sud de la création en Belgique francophone -, pionnier en la matière, programmant et accompagnant dans le Off des spectacles (théâtre, danse, cirque, jeune public) choisis parmi plus de cent candidats, développant une programmation et des résidences tout au long de la saison, et dont la diffusion reste l’un des rôles clefs. 


Episcène, pour sa part, "joue le jeu des théâtres du Off, explique Patrick Donnay : chaque compagnie paie son créneau sur base d’une convention [10 000 € pour 3 semaines] et récupère les recettes. Un investissement - car il faut se loger, se nourrir… - mais un pari sur l’avenir et les retombées possibles". Le plus : surplombant la salle, un très vaste séjour où les compagnies peuvent "se poser, donner leurs rendez-vous". Le souhait de Patrick Donnay : "en faire un lieu vivant, et pourquoi pas un théâtre permanent". Hors festival, Episcène sera disponible à la location pour des créations en cours, des événements spéciaux... Quant à la programmation du Off 2018, elle compte déjà trois spectacles confirmés - "Jacques le fataliste" de Diderot, mis en scène par Jean Lambert (et où Patrick Donnay partage l'affiche avec Jean-Pierre Baudson), le "Voyage au bout de la nuit" de Céline monté par Philippe Sireuil, "Le Carnaval des ombres" de et par Serge Demoulin (en photo en tête de cet article), sous le regard de Michael Delaunoy - et quelques candidats très désireux déjà d’y prendre place.


  • Théâtre Episcène, 5 rue Ninon Vallin, Avignon. Festival Off 2018, du 7 au 30 juillet. Infos : www.episcene.be