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Au printemps dernier, le théâtre des Tanneurs, à Bruxelles, créait "Tokyo notes" de l'auteur japonais Oriza Hirata, une pièce originale avec vingt acteurs. "L'art, la guerre, le monde extérieur : le contexte et la vie tout entière traversent 'Tokyo notes', tel un papier filigrané. Paroles et gestes, dans le silence muséal, ont des résonances musicales. Vingt individus se croisent en ce lieu apparemment neutre mais qui se charge d'autant d'histoires personnelles ou collectives", écrivait alors "La Libre".

Cet excellent spectacle est rejoué aux Tanneurs cette semaine aux Tanneurs mais - chose extraordinaire - on peut aussi voir sa version originale japonaise, interprétée par les acteurs de la compagnie de Oriza Hirata. Si ce soir et demain, on joue la version française, jeudi on donnera la version japonaise (surtitrée en français et néerlandais) et vendredi et samedi, on pourra voir les deux de suite, avec à l'entracte une dégustation de sushis. Une expérience unique !

Oriza Hirata, au look d'éternel adolescent, et Xavier Lukomski, directeur des Tanneurs et metteur en scène de la version française, nous ont expliqué leur démarche.

"L'idée de jouer la pièce dans nos décors mais avec ses acteurs et en japonais, est venue de lui, explique le directeur des Tanneurs. J'ai directement accepté une idée aussi originale." Hirata poursuit : "Nous avons joué la pièce 'Tokyo notes'en japonais au dernier festival d'automne à Paris et il me semblait intéressant, puisque ma compagnie était en France, de passer à Bruxelles et de la présenter aux spectateurs belges. J'aime bien ces variations sur une même pièce. J'avais créé, au Japon, un spectacle qui fut joué dans huit villes différentes par huit groupes d'acteurs différents, chacun avec l'accent du lieu. Et ensuite, nous avons joué les huit versions, de suite, à Tokyo. Nous avons donné une tasse aux spectateurs qui ont eu le courage de les voir toutes."

Oriza Hirata, avez-vous changé votre mise en scène pour vous adapter au décor des Tanneurs ?

Bien sûr, il faut un peu adapter les choses. Je supprime même parfois des passages.

Quelle différence y a-t-il entre les deux versions ?

Le texte de 'Tokyo notes" est au départ écrit en japonais pour des Japonais. On pourra donc apprécier la musicalité de cette langue. De plus, les acteurs de notre compagnie sont plus âgés que les vôtres. Ils jouent ce spectacle depuis 14 ans, car la pièce a été jouée au Japon près de 300 fois. Mais globalement, les acteurs sont semblables. Je connais bien les acteurs européens pour avoir dirigé des ateliers communs.

Le système théâtral est-il semblable au Japon et chez nous ?

Non. Il n'y a pas de vrai enseignement du théâtre au Japon comme vos conservatoires. Et l'Etat n'aide les théâtres que depuis 7 ans. On compte près de 2 000 théâtres au Japon mais, seuls vingt d'entre eux (soit très très peu) ont un directeur artistique et créent. Les autres ont des fonctionnaires qui feuillettent des catalogues de pièces qu'ils peuvent accueillir. Nous ne recevons au Japon que les plus grands (Peter Brook, Pina Bausch, Olivier Py). Trop souvent, nos metteurs en scène préfèrent rester en vase clos, dans un milieu fermé, sans voir ailleurs.

"Tokyo notes", au théâtre des Tanneurs, les 22 et 23 octobre en version française, le 24 en version japonaise surtitrée et les 25 et 26, les deux versions à la suite. Infos : 02.512.17.84 et Web www.lestanneurs.be