Scènes

La structure fondée et dirigée par Isabelle Pousseur, d’abord à Liège sous le nom de Théâtre du Ciel Noir, devenue Océan Nord et depuis seize ans installée dans un ancien garage de Schaerbeek, a fêté son 30 e anniversaire tout au long de 2012. Ce n’est pas tout à fait un hasard si cette année de célébration se clôt sur la création d’une jeune compagnie. L’une de celles que soutient, en dépit du contexte difficile, ce lieu d’aventures scéniques.

Le collectif 6414, fondé par cinq acteurs issus de l’Insas, s’est ensuite étoffé d’autres jeunes comédiens d’écoles belges et françaises. "Pour chacun de nos projets, explique Emilie Maréchal, un texte original est créé dont le but est de développer une approche narrative singulière qui s’éloigne d’un schéma de narration traditionnel, linéaire. Un texte qui n’est jamais séparé d’une image, du corps des acteurs, d’une lumière, d’un son car ils sont pensés et fabriqués ensemble." C’est le cas pour "La Petite fille", premier spectacle dont la jeune femme signe tant l’écriture que la mise en scène.

Entamée et terminée sur des scènes semblables instituant le rapport des générations, de petite-fille à mère voire grand-mère, la pièce entre les deux emprunte des chemins où il ne faut pas craindre de se perdre.

Avec pour fil rouge un cahier, carnet de bord ou journal intime, et pour toile de fond la famille, lieu immense de tous les possibles et de tous les pièges, "La Petite fille" se promène également sur les territoires bibliques (avec notamment l’histoire de Job, le patriarche ayant perdu tous ses biens et ses enfants, l’archétype du juste dont la foi est mise à l’épreuve), explorant entre autres la portée des croyances sur les actes, le poids du sacré sur le quotidien.

Si on ne sait pas toujours quelle génération, quel personnage est figuré, si on ignore parfois de qui parle la voix - off, souvent, et par moments peu claire -, la cellule familiale qu’évoque le spectacle se livre comme un amalgame de mystères, où l’amour a sa part autant que la résignation, la culpabilité, l’obéissance, la révolte.

Simple et ingénieuse, la scénographie de Florin Dima, associée aux lumières de Nelly Framinet, enveloppent le jeu de Thomas Dardenne, François Delcambre, Audrey Dero, Sébastien Fayard, Lindsay Ginepri, Magali Pingaut. En naissent des tableaux dont la composition s’apparente au monde onirique. Là où le son (Julien Courroye, Ségolène Neyroud) entretient le trouble.

Fragile encore, un début déroutant mais prometteur.

Bruxelles, Océan Nord, jusqu’au 5 décembre, à 20h30 (mercredi à 19h30, dimanche à 18h30, pas de relâche sur ce spectacle). Durée : 1h15 env. De 7,5 à 10 €. Infos&rés. : 02.216.75.55, www.oceannord.org