Scènes

Le rideau s’ouvre sur un grand plateau de bois où trois personnages se protègent de la pluie, vaquent à leurs occupations, nettoient le sol en chantonnant. De cet incipit délicatement scénographié plein de charme et aux très belles lumières, il ne reste que peu de traces lors de la représentation de "Music-Hall" de Jean-Luc Lagarce.

Ce classique du théâtre contemporain où Lagarce semble expier son obsession du sens du théâtre et de l’identité de ses personnages a quelque chose de Beckett. Un peu de désespoir, un peu d’absurde et une structure en circonvolutions où le mot juste est recherché en permanence entraînant de multiples retours et corrections rythmant l’écriture prosodique et fragmentée.

"La fille", meneuse de revue, a déjà basculé du côté de l’illusion totale, sa vie n’est que spectacle tandis que ses boys - brillants et drôles mais effacés, Eric Guérin et Francis Leplay - gardent un pied sur terre. Elle, "La fille", incarnée par une véritable star, Fanny Ardant, évoque les tournées minables, son entrée en scène, les variétés de tabourets, le vieux transistor, les patrons de salles stupides, les huées, etc.

Et c’est là que le décalage dérange. Pourquoi Lambert Wilson a-t-il choisi Fanny Ardant pour mettre en scène cette non-histoire d’une fille pleine de doutes qui rêverait probablement d’être Fanny Ardant ? Les jambes croisées sur son haut tabouret, vêtue d’une somptueuse robe vert pistache, d’un boléro de fourrure doublé de soie, et coiffée d’une perruque blonde au carré, la belle a tout de l’incarnation du glamour dans son halo de lumière, "lente et désinvolte".

Outre le choix d’une femme fatale, tragique et théâtrale mais aussi touchante, parfois, Lambert Wilson truffe le spectacle d’une multitude d’effets sonores étranges, des bruits de tuyauterie à des échos de voix qui créent d’inutiles ruptures.

S’il ne parvient pas à créer un univers poétique et riche de cette recherche de sens du théâtre et de l’illusion, la mise en scène frontale séduit pourtant par ses vertus esthétisantes.

Bruxelles, Wolubilis, jusqu’au 31 octobre. Durée : env. 1h20, de 26,50 à 37,50 €. Infos : 02.761.60.30 et www.wolubilis.be