Scènes

Les temps sont durs et les vilains ne font pas de cadeau", dit la voix off jaillie des ténèbres sur fond symphonique, en introduction du nouveau spectacle éclos aux Riches-Claires.

Longue éclosion, longue gestation même. Dominique Pattuelli et Marcha Van Boven se sont rencontrées à la Ligue d’impro, en 2005, et ont peu à peu "instauré un rapport où tout échange verbal est un sketch potentiel". Suivront des week-ends d’écriture à la campagne, environnés de vie, nourris de questionnements, auréolés d’utopies. Les premiers ingrédients s’amoncelaient. Et si, triés, agencés, mis en forme, ils aboutissaient à un spectacle ? Après rebondissements (et avec l’aide du Varia), c’est bien ce qui s’est produit.

"Donc on mettra nos masques", sous ses dehors de soap opéra satirique, condense la réflexion de deux complices sur la féminité, le féminisme, l’héroïsme, leurs inquiétudes, leurs peurs, leurs forces, leurs révoltes. Tout cela digéré d’une sacrée paire de plumes, costumé avec un joli talent bricoleur par Odile Dubucq, et sous le "regard extérieur" comme on dit - qu’on devine aussi bienveillant qu’affûté - de Véronique Dumont.

Ainsi donc Wonder Woman et Cat Woman, apparemment hors-jeu, partagent-elles un modeste appartement. L’une agoraphobe qui rêvait d’une "vie normale", l’autre passablement aigrie par ses pouvoirs perdus et sortant les griffes à la moindre contrariété, ensemble confinées dans un intérieur ordinaire, à feuilleter des illustrés tout en ruminant, au pire, leurs regrets et frustrations, ou en ourdissant, au mieux, les plans qui leur permettraient de sauver le monde - ou à tout le moins Big City. Car il semble que les super-héros se fassent rares, à moins qu’ils se soient lancés dans le cinéma. Or pendant ce temps, Très-Vilain darde sa menace… Et nos super-héroïnes de retrouver une bonne dose de motivation : de quoi revenir au-devant de la scène, tout en redécouvrant le super-pouvoir ultime.

Auteures et comédiennes, Dominique Pattuelli et Marcha Van Boven, délicieusement complémentaires, typent leurs personnages sans craindre l’excès, sans non plus en rester prisonnières. La caricature fait partie du processus : jamais un but, mais un outil dont elles usent avec une finesse souvent irrésistible.


> Bruxelles, Riches-Claires, jusqu’au 23 novembre, à 20h30, mercredi à 19h. Durée : 1h. De 8 à 16 €. Infos & rés. : 02.548.25.80, www.lesrichesclaires.be. Egalement à l’Atelier 210, du 19 au 21 ; du 26 au 28 décembre ainsi que le 31 décembre (pièce suivie d'une soirée pour le nouvel an), à 20h30. De 10 à 18 €. Infos & rés. : 02.732.25.98, www.atelier210.be