Scènes

Un enterrement. Celui de sa maman, Mary. Des montagnes de lys, sa fleur préférée. Des convives, dont de nombreuses têtes qu’on ne découvre qu’en ces circonstances. Son frère, Gordon, et son père, Charles, qui “me regardaient, le visage impassible”. À 40 ans, Richard, “Ricky”, vient de perdre sa mère tant aimée.

“Le jour de l’enterrement de ma mère, c’est le voisin qui m’a réconforté.” Dans le chagrin, un geste tendre, une accolade qui en disent long sur les rapports difficiles et distants que Ricky entretient avec les siens. Puis, la réception. Un morceau de tarte aux cerises et “tout ressurgissait”.

Aux sons chaleureux et langoureux de la contrebasse de Nicholas Yates et de la trompette d’Antoine Marcel, présences discrètes le long de la scène, nous voici plongés dans les années 50. Quelque part aux Etats-Unis, dans la chaleur moite d’un après-midi d’été torride, Mary (Bénédicte Chabot), agenouillée, jardine. Ricky (Valéry Bendjilali), petit garçon solaire épris de nature et de baignades dans les eaux rafraîchissantes de la rivière à deux pas de la maison familiale, vient de passer six jours seul avec sa mère. C’est samedi, et Charles (Benoît Verhaert), le père, rentre d’une semaine de démarchage à vendre des réfrigérateurs. Un week-end où la petite famille est réunie. Un week-end où tout va basculer.

Une mise en scène intimiste

Si Les poissons vert pâle est à l’origine une nouvelle (The Green Pale Fishes) de l’auteure américaine Kathrine Kressmann Taylor (1903-1996), Valéry Bendjilali signe ici une adaptation réussie qui respecte l’esprit du texte initial. Grâce à une mise en scène intimiste imaginée par Patrice Mincke, des décors simples mais efficaces (conçus par Anne Guilleray) et un éclairage subtil aux teintes ocre et chaudes (de Philippe Catalano), le spectateur est immergé, sans jamais se sentir mal à l’aise ou intrusif, dans le cocon familial  : une mère au foyer aimante et fleur bleue mais effacée et soumise ; un mari travailleur, soucieux de subvenir aux besoins de sa famille, mais autoritaire, acariâtre et rogue – “Ces bonnes femmes, toutes des gourdes  !” – ; deux fils, dont Ricky, fusionnel avec sa mère mais en quête de reconnaissance et de fierté paternelle.

Le personnage de Richard, tantôt narrateur à l’âge adulte tantôt Ricky enfant, permet, au-delà des dialogues entre les différents personnages, de mettre des mots sur les sentiments, les attitudes, les réactions de chacun avec, en fil rouge, cette question, profondément complexe et à laquelle chacun à sa propre réponse selon son vécu  : peut-on (doit-on) tout pardonner à ses parents  ?


Louvain-La-Neuve, Théâtre Blocry, jusqu’au 6/10. Infos et rés.  : 0800.25.325. - www.atjv.be. Puis du 9 au 20/10 au Théâtre de la Vie à Bruxelles (02.219.60.06. – www.theatredelavie.be)