Scènes

Sollicités de toutes parts, les sens s'aiguisent aux Rencontres théâtre jeune public à Huy et l'appétit grandit en dévorant les spectacles au cours de ce régime hypercalorique qui compte cinq représentations par jour. Tout de même...

Après une première journée d'échauffement, le marathon, puisqu'on l'appelle ainsi, se poursuit et aura réjoui les festivaliers jeudi grâce à une journée enjouée qui a démarré sur des chapeaux de roue avec "La princesse au petit pois" et "Dancefloor" (voir nos éditions d'hier). Même engouement en fin d'après-midi et en soirée où la vue et l'ouïe ont été réveillés avec deux propositions originales, courageuses et abouties, "Comme la pluie" du Foule théâtre et "Piletta Remix" du Collectif Wow ! De quoi oublier les premières crampes aux mollets.

Comme la pluie

Comédien d'une grande générosité, présent sur la scène jeune public depuis de nombreuses années, Philippe Léonard, s'intéresse aussi à la photographie et s'est remis au dessin, un talent caché qu'il dévoile aujourd'hui au grand jour dans "Comme la pluie", une passion, entre autres pour le fusain, qu'il partage avec le public et qui donne une autre dimension à sa vie d'artiste. Entre le spectacle et la performance, il trace peu à peu sous nos yeux une peinture inspirée de celles retrouvées sur les parois de la Grotte de Lascaux, de Constant Permeke, de Chagall ou de son imagination, chacun y voyant ce qu'il souhaite. L'homme, trop heureux dans son atelier, parle peu et se souvient de cette tante qui s'était penchée sur son épaule lorsqu'il était enfant et qui avait salué son joli coup de crayon. Ne connaissant pas l'expression, il en avait deviné le sens, ce qui ne l'aura pourtant pas empêché de remiser ses pinceaux au grenier jusqu'à ses cinquante ans. Il commence alors à fréquenter l'académie assidûment. Et voit le verdict de sa tante confirmé par son professeur.

Ce récit autobiographique, Philippe Léonard le livre par bribes, trop attiré par la fresque qu'il ne cesse de compléter, gommer, modifier, exerçant une véritable fascination sur le spectateur captivé par la transformation, sous ses yeux, des animaux, des personnages, par l'oeuvre qui prend vie peu à peu, par la force d'un trait plus prononcé, la grâce d'un visage féminin, la douceur d'un portrait effacé. Puis le peintre s'interrompt, s'interroge, raconte son admiration pour ces peintures rupestres datant de vingt-cinq ou trente mille ans, rend hommage aux traces du passé, glisse une cassette dans son lecteur et reprend de plus belle sur "Don't let them draw your way" , chanson porteuse de Juliette Richards et Philippe Morino. Un spectacle de toute beauté, hypnotique, qui suscite l'observation mais aussi la pratique du dessin, un bel hommage à l'art co-écrit par le metteur en scène Pierre Richards - encore lui ! - où le comédien se révèle sous son meilleur jour. Un vrai coup de coeur.

Bel enthousiasme aussi pour "Piletta Remix", une proposition originale du Collectif Wow ! qui apporte aux Rencontres un vent de renouveau bienvenu et qui, la belle idée, met la radio à l'honneur. Dans la foulée, en quelque sorte, de nos amis du Raoul Collectif et de leur "Rumeur et petits jours", cette histoire, qui vient de remporter un beau succès à Avignon, de chroniqueurs radio brillamment fêlés dont l'émission trop intellectuelle est menacée.

Spécialiste de la radio pour enfants, le Collectif Wow! propose ici à Huy une autre tonalité pour l'histoire rocambolesque d'une fillette intrépide qui veut sauver sa grand-mère. Si le récit se perd parfois dans les méandres des cauchemars, "Piletta Remix" séduit surtout par sa manière de remettre au goût du jour la fiction radiophonique délicieusement désuète. Et l'on savoure cette autre écoute, cette succession de bruitages - des grillons aux grincements de porte en passant par le souffle court - dont les secrets se dévoilent sous nos yeux. Les trois comédiens, l'électro musicien et l'ingénieur du son qui jouent les personnages, bruitent les décors et mixent en direct tout en donnant l'impression de réellement s'amuser. Comme s'il y avait à la radio, une liberté de ton, qui n'existe nulle part ailleurs. Régénérant.