Scènes

Début 2012, Bert Kruismans fêtait la centième de son spectacle "La Flandre pour les nuls". Avec beaucoup de dérision et un humour croustillant, le chroniqueur y épinglait les absurdités du système politique belge tout en mettant en exergue les points communs rassemblant francophones et néerlandophones. Cet humoriste flamand en paysage culturel francophone (l’un des seuls ?) présente un nouveau spectacle, "La Bertitude des choses" en français, "Vaderland" en néerlandais, comme l’annonçait Aurélie Moreau (LLB du 25/5/2012).

"Plus personnel", le seul en scène évoque de nouveau les querelles communautaires mais pas seulement. "Je vais comparer la Belgique de 1978 avec la Belgique actuelle. J’avais douze ans en 78 et aujourd’hui notre cadet a 12 ans. Je parle de ma jeunesse, des années 70, de mes parents, de mes grands-parents et beaucoup de mes enfants." Pas de doute, à ses yeux, la révolution de ces dernières décennies, c’est la communication, "Les nouvelles technologies, le Net, Facebook." Alors que Twitter, Linkedin et autres réseaux sociaux devraient nous rapprocher les uns des autres, les relations humaines sont bien loin d’être privilégiées pour Bert Kruismans. "Nous sommes tout le temps en train de communiquer mais avec des écrans ! On a beaucoup de choses à montrer et à dire mais à l’époque cela n’existait pas, seuls quelques chroniqueurs partageaient leurs opinions, comme je le dis dans le spectacle, à l’époque on n’avait pas de GSM individuel parce qu’on n’avait rien à dire. Les gens travaillaient ! Aujour- d’hui, on peut se fabriquer une identité grâce aux réseaux sociaux mais en réalité, nous sommes peut être moins sociables."

Quant à la communication entre Flamands et francophones "Il y a beaucoup de malentendus." L’ignorance et la méconnaissance de l’"autre" - "dont profitent des hommes politiques au nord comme au sud du pays", remarque Bert Kruismans - sont les principales causes de ces bugs de communication d’après l’humoriste. "Les belges francophones et néerlandophones sont comme des bébés jumeaux séparés. Ils vivent dans des villes différentes mais ont beaucoup de choses en commun, leur manière de s’habiller, leurs goûts, etc., mais ils ne le savent pas. C’est comme ça en Belgique, les gens se ressemblent mais sont convaincus que l’autre, qu’ils ne connaissent pas, est complètement différent."

La preuve par le rire

L’humour est un excellent vecteur de communication pour "de allerslimste mens ter wereld". "Lors des spectacles dans les villes francophones, il y a toujours des néerlandophones dans la salle et tout le monde rit au même moment, des mêmes blagues, on a quand même quelque chose en commun."

C’est aussi l’occasion de dire ce qu’il pense, sans tabous. "L’humour est très intéressant pour communiquer avec les gens face à face. On peut dire beaucoup de choses, je ne suis pas un prêtre qui dit aux gens ce qu’ils doivent faire ou dire, moi je parle avec les gens, je m’adresse à eux et pose des questions." Au-delà du rire rassembleur, la culture a indéniablement un rôle à jouer dans le rapprochement des communautés, explique Bert Kruismans. "C’est très important. Grâce à des films comme ‘La Merditude des choses’ , la Flandre est mieux connue en Belgique francophone. Pour l’humour, c’est un peu plus compliqué à cause de la langue mais il faut faire des efforts et faire de l’humour pour ‘l’autre côté’. Je ne connais pas encore de collègue francophone qui joue en néerlandais. "

Presque malgré lui, l’homme malicieux au regard intelligent et à la moustache qui frise est devenu un symbole, un "pont" entre Flamands et francophones. "Ce n’était pas mon intention ni mon objectif mais, oui, c’est le cas. Pas en Flandre, où je suis un humoriste comme les autres, mais en Belgique francophone, je suis un peu extraordinaire. La Belgique est un drôle de pays."

Bruxelles, Espace Delvaux, les 24, 26 et 28 février. De 10 à 14 €. Infos & rés. 02.672.14.39, www.lavenerie.be