Frank Samson sera Napoléon à Waterloo

Rencontre avec celui qui incarne l'Empereur lors des cérémonies du bicentenaire.

Eddy Przybylski, Envoyé spécial en France

Entre le 18 et le 21 juin, à Waterloo, ils seront 6 000 à participer à la reconstitution de la célèbre bataille. Napoléon disait que ses hommes portaient dans leur besace un bâton de maréchal. Dans l'univers des reconstituteurs, c'est pareil. Vous devrez commencer votre carrière comme simple soldat et, petit à petit, gagner du galon. Si on reconnaît vos mérites, vous pourrez, un jour, devenir grand officier.

Passion des uniformes

Il y a une exception ! Frank Samson ! En 2005, à 37 ans, cet avocat parisien est devenu l'empereur Napoléon, presque par hasard. Dix ans plus tard, il incarnera l'Empereur lors des cérémonies du bicentenaire. Il a d'ores et déjà annoncé qu'il renoncerait à son uniforme et "abdiquerait" après Waterloo : "J'ai toujours eu une passion pour l'histoire et pour les uniformes. Certains font du modélisme : moi, c'était pareil mais je travaillais en un sur un. J'avais quatre mannequins à la maison que j'habillais d'uniformes et, comme les modélistes, j'étais très soucieux du moindre détail. Quand on a la passion de l'uniforme, il va de soi que ceux de l'Empire restent les plus beaux de l'histoire militaire et j'avais un Napoléon parmi mes quatre mannequins. Et il y a, en France, un fournisseur spécialisé, un commerce qui ne fait que ça, de l'uniforme Empire et médiéval : AntikCostume, à Dinard. Dinard, c'est en Bretagne. Napoléon n'y a jamais mis les pieds. Mais, en 2005, une association impériale avait voulu y organiser une grande parade historique. Le Napoléon de l'époque était un Corse, Armand Fascurati. Mais en 2003, il a arrêté à cause de problèmes de santé et les organisateurs de Dinard n'avaient plus de Napoléon pour leur parade. Les gens du magasin où je me fournissais trouvaient que je pouvais faire l'affaire. Ils m'en ont parlé."

Proposition alléchante certes, mais… "Mais, à 37 ans, je n'étais jamais monté sur un cheval ! J'ai appris aussi vite que possible. Encore aujourd'hui, je suis loin d'être un grand cavalier. Au moins, je sais tenir un cheval."

Pour être plus proche du rôle : "Je me suis même mis à étudier la langue corse. Quelques phrases, quelques mots. Il arrivait, quand Napoléon s'énervait, qu'il ressorte des expressions de chez lui. Personne ne l'a jamais entendu dire "J'en ai marre". Quand il était en colère, il le disait en corse."

Moments émouvants

Ce rôle a valu à Frank Samson de vivre des expériences extraordinaires. "La reconstitution du Sacre en la cathédrale de Boulogne-sur-Mer ! C'était grandiose. Et celle de la première abdication au château de Fontainebleau, avec le dernier salut aux troupes, dans la Cour des Adieux ! Ce jour-là, je me suis assis sur le trône de Napoléon, le vrai. Je vous garantis que c'est un moment émouvant."

Il n'aurait voulu rater le bicentenaire de Waterloo pour rien au monde. Et pourtant… Les organisateurs ont entretenu un suspense. Un autre Napoléon, un Américain, était candidat également : "Je le connais. Il est effectivement très ressemblant. Mais plutôt Bonaparte. Plus jeune… Moi, je suis davantage le Napoléon d'après 1810, quand il a un peu grossi. Le bicentenaire sera une grand-messe et il est évident que si, après dix ans, on m'en avait écarté, cela m'aurait fait mal. Mais je n'ai jamais douté. Pour une raison fort simple : ils ne pouvaient pas se passer de moi, puisque je suis le vrai." Et là, l'Empereur Napoléon éclate de rire…

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