Scènes

Une salle de spectacle, avec un piano noir, un micro sur une petite estrade, une bouteille de vin et un verre. Et, posée, dans le coin arrière gauche, une cape royale, bordeaux et blanche tachetée de noir. Bienvenue, mesdames et messieurs, au concert de Frédéric, sosie de Freddie Mercury  !

Enfin, de concert, il n’en sera vite plus vraiment question… “Le concert est censé commencer. Frédéric arrive, mais ses musiciens lui ont posé un lapin, raconte le comédien, chanteur et musicien Jean-François Breuer. Il se rend compte qu’il ne va pas pouvoir le faire. Il décide alors de revendiquer la chose et, au fur et à mesure, il réalise qu’il est entouré de ‘nazes’, qu’il en a marre, qu’il ne veut plus être dans cet univers, qu’il n’en peut plus de Freddie Mercury, même s’il l’aime profondément. Il voudrait juste se retrouver, retrouver sa personnalité et être libre de pouvoir être enfin lui”.

“Un gros délire”

Pour son premier seul en scène, Frédéric, Jean-François Breuer a mis la barre haut en prenant comme source d’inspiration l’un des plus grands chanteurs de rock du XXe siècle. Tout est, en fait, né d’“un gros délire”. “Il y a 12 ans, un soir, avec Dominique Bréda (NdlR  : auteur, musicien et chanteur), on tenait le café-théâtre de la Toison d’Or, se souvient Jean-François Breuer. On s’est retrouvé à écouter une musique de Queen et, à un moment donné, j’ai mis deux cacahuètes pour faire les dents. Et là, ça a fait ‘tilt’  : il faut faire un spectacle sur Freddie Mercury”. Dominique Bréda enchaîne  : “Tout est parti de la ressemblance de Jean-François avec Freddie Mercury et il se trouve que Queen est un groupe qu’on aime beaucoup”.

Si l’idée est lancée, elle restera longtemps pour les deux hommes de l’ordre de “la plaisanterie”, d’“un fantasme”. “Mais, l’année dernière Denis Janssens du TTO (Théâtre de la Toison d’Or) m’a prévenu que le film (NdlR  : le biopic Bohemian Rhapsody ) allait sortir et il m’a dit  : ‘Si tu veux faire ton projet, c’est maintenant et pas après, sinon ça va faire réchauffé’. Du coup, je me suis dit  : ‘C’est maintenant ou jamais’ et j’ai appelé Dom’”.

Conscients qu’il s’agit-là d’une “grosse prise de risque”, “on ne voulait pas que ce soit Freddie Mercury, explique JF Breuer, parce que c’est impossible, c’est quelqu’un de totalement inimitable – même si je lui ressemble un peu, je n’ai pas sa tessiture, je n’ai pas sa voix. Et puis, je suis seul sur scène. Donc, j’ai commencé à faire les arrangements des musiques comme si c’était un concert de Frédéric, le sosie de Freddie Mercury”. Car, dans Frédéric, “l’idée est de s’attaquer au mobile, insiste Dominique Bréda  : pourquoi devient-on un sosie  ? On considère souvent les sosies de manière assez superficielle, on en ricane. C’est assez facile de rire de quelqu’un à partir du moment où il n’est pas comme nous. Mais pourquoi veut-on devenir quelqu’un d’autre  ? Quand on voit tous les sosies de Johnny, par exemple, et bien, ils sont tous sosie pour une raison différente. Il y a plein de sosies qui font des choses vraiment formidables. Notre challenge était donc de faire un sosie qui ne soit pas ridicule”.

Vidéos et prothèse dentaire

Pour construire son personnage de sosie, JF Breuer a d’abord “beaucoup écouté Freddie Mercury et Queen, pour avoir la mélodie et le rythme”, avant “de me retrouver seul face au micro et d’en faire ma propre adaptation en tant que Frédéric”. “J’ai aussi regardé beaucoup de vidéos pour adopter la démarche de Freddie Mercury et j’ai fait faire une prothèse dentaire (NdlR  : le chanteur avait les dents supérieures en avant).” Et pour que la magie de la transformation opère, JF Breuer a pu compter sur le travail de mise en scène d’Emmanuelle Mathieu :  ambiance stade de Wembley et accessoires (couronne, cape royale, jeux de lumières, moustache, dents,…). “J’espère que je serai à la hauteur, confie JF Breuer. Nous essayons de rendre le plus crédible possible ce sosie. Si le public peut croire ne fût-ce que deux secondes que Freddie Mercury est là, alors je suis le plus heureux”.

Bruxelles, Théâtre de la Toison d’Or, jusqu’au 12 janvier. Infos et rés.  : 02.510.05.10. – www.ttotheatre.be