Scènes Le festival de théâtre d’objet et de marionnettes se veut décalé et sensé. Rencontre avec son fondateur Alain Moreau.

"Genappe perd la boule", annonce le Tof Théâtre. Mais tout qui connaît son fondateur, Alain Moreau, l’un des grands artistes de notre pays, prendra comme il se doit cette annonce au second degré. Car, qu’on se le dise, le festival de théâtre d’objet et de marionnettes, mis sur pied voici quatre ans et prévu ces 15, 16 et 17 décembre, ne cesse de croître pour répondre aux attentes d’un public en quête de sens. Du millier de spectateurs enregistré lors de la première édition, on est passé à deux mille l’an dernier et l’on en attend probablement deux mille cinq cents cette année, avec des spectacles venus de France, de Belgique ou de Norvège, joués sous chapiteau, en salle ou en rue.

Plus que les chiffres, c’est l’esprit de l’événement, créé en étroite collaboration avec la ville de Genappe et le marché de Noël pour tout un week-end de Féerie genappoise, qui mérite qu’on y prête attention. Et ce en grande partie grâce à Alain Moreau, l’un des enfants ou plutôt des pères de "Demain", tant l’anime l’âme du documentaire de Mélanie Laurent et Cyril Dion

Des années, en effet, que l’artiste, qui joue dans le monde entier, bataille pour faire revivre le Monty, un ancien cinéma de quartier appelé à devenir une coopérative culturelle. Grâce à la bonne volonté des édiles et de la population, qui n’hésite pas à venir poncer les planchers après ses heures de travail, le projet est en passe d’aboutir. Le Monty ouvrira d’ailleurs exceptionnellement ses portes pour accueillir un spectacle pendant "Genappe perd la boule" en attendant l’ouverture officielle.

Ancrage local

A l’heure de la mondialisation, l’ancrage local revêt une importance particulière et répond au besoin de la population de se réapproprier la ville, de partager avec le voisin, de privilégier le circuit court voire de payer en monnaie locale, ce Talent qui sera à nouveau utilisé à Genappe. 


Cette couleur locale, Alain Moreau, auquel on doit de véritables perles telles "Piccoli sentimenti", spectacle de marionnettes pour enfants dès six mois à l’affiche du festival, l’assume pleinement. Dans son atelier, entouré de champs, il a d’ailleurs créé une marionnette à taille humaine, Oscar Maïeur, à l’effigie du "bourgmestre de Gniap qui aime les mots, les bons" et qu’il ne sort qu’aux grandes occasions. Exceptionnellement, Oscar Maïeur sera au centre d’une création, "Les Belles Histoires de l’Oncle Oscar", un "pestak" de 20 minutes qui se jouera gratuitement mais sur réservation au Café de la Lanterne samedi et dimanche en début d’après-midi. 

"C’est la première fois que j’écris un spectacle, que j’ai un texte aussi long. D’habitude je travaille plutôt à l’aide de dessins", nous confie Alain Moreau à quelques jours du début du festival qui s’annonce à nouveau sous les meilleurs auspices. Plus de créations, plus de monde, une plus grande mobilisation de la population, un peu à l’image de ce qui se passe à Charleville-Mézières, festival mondial des théâtres de marionnettes. "Les artistes seront tous logés chez les habitants qui les accueilleront avec un soin très particulier. J’ai visité chaque lieu car je voulais que les compagnies soient reçues comme j’aimerais l’être quand je suis en tournée. Par ailleurs, pour la première fois, certains bénévoles prennent toute la logistique des repas des artistes, soit cinquante personnes à nourrir pendant trois jours, ce n’est pas rien. Bientôt, je pourrai juste me contenter de la direction artistique."

Dimension internationale

Cette direction artistique, parlons-en également puisque "Genappe perd la boule" offre une programmation digne de ce nom avec des spectacles aussi prisés qu’"Opéra opaque", de la compagnie franco-norvégienne Plexus Polaire. Soit, du fantastique et de l’humour dans le cabaret de Madame Silva, noir et grinçant avec de dangereux numéros pour des créatures monstrueuses. Un spectacle très prisé qui se jouera pour la dernière fois. 

A pointer également, "Cendrillon", venu de France, de Scopitone et Cie. Du théâtre d’objet aussi décapant que le savon noir avec lequel la jeune fille devra faire briller le plancher. Ou encore "Le Petit cercle boiteux de mon imaginaire" annoncé comme désarmant de simplicité. Où l’on découvre que tout est possible sur une piste d’un mètre cinquante. Sans oublier le focus sur le Tof Théâtre qui fête ses trente ans et qui sera, pour l’occasion, à l’honneur au Varia, à Bruxelles, début 2018. Nous y reviendrons.

Alain Moreau et sa créature dans "Soleil couchant", qui sera présenté au Varia, à Bruxelles, du 27 février au 17 mars.
© Salvatore Pastore

  • Genappe, les 15, 16 et 17 décembre. Infos : www.toftheatre.be ou 067.34.14.30