Scènes Opéra foutraque, cabaret jouissif, "Grande-" arrive aux Halles. Courez-y !

Décortiqué au cirque, voici le couple dans tous ses états grâce à "Grande-", qui a fait un tabac à Paris l’automne dernier. Opéra foutraque, cirque théâtralisé, chaos organisé, ovni humanisé et revue de cabaret, ce spectacle de la comédienne/circassienne Vimala Pons et son comparse Tsirihaka Harrivel est tout cela à la fois.

A l’aube d’une grande carrière, et dans la foulée du fameux "Not in the circus", cette création inclassable, qui commence par la fin, envahit le plateau et les esprits. Elle arrive aux Halles, ce 5 mars, courez-y ! Avec ou sans votre conjoint.

Lorsque s’ouvre le spectacle, le décompte a commencé. Des repères dessinés à la craie sur le plateau, des coulisses surchargées, un amas de costumes, de Macintosh collectors, de baffles entourés de guirlandes lumineuses, d’objets, de ces "choses" chères à Perec… En un mot comme en cent, tout ce qui nous porte, nous écrase et à quoi l’on se raccroche.

Le strip-tease de la mariée

Première scène finale portée par une musique électro et quelques notes de trombone : le strip-tease de la mariée et ces couches successives qu’elle enlève, colliers de perles et lavallière y compris, comme autant de rôles, subis ou choisis, qu’endosse la femme dans notre société : épouse, religieuse, voilée, secrétaire en tailleur gris, miss France, danseuse de cabaret, stripteaseuse, maman et/ou putain. Le tout en portant sur la tête un mannequin renversé chargé de symboles.

Entièrement nue, Vimala Pons brandit le micro pour donner ses ordres et annoncer, comme à l’opéra, la suite des événements, les instants de mélancolie, interroger, mine de rien, notre rapport au temps. Et à l’espace. Lorsque suspendu, accroché en réalité, à son rail, Tsirihaka Harrivel s’approche peu à peu du toboggan vertigineux qui vient d’être installé et s’y laisse glisser pour un premier vrai frisson partagé.

Courant d’un côté à l’autre de la scène, de la cour au jardin, des rampes aux coulisses, les deux artistes enfilent les situations, glissent dans leur histoire des symboles telle cette porte à travers laquelle on observe l’autre.

Ils racontent les premières fois, multiplient les textes à double sens comme lorsqu’il s’agit d’évoquer ce bloc de marbre qu’est la colonne de pilastre et qui pourrait aussi bien incarner le conjoint.

Car de couple, de disputes, de ruptures, d’éventuelles retrouvailles, il sera souvent question dans ce "Grande-" qui nous trotte dans la tête, nous enivre peu à peu, nous perd et nous emporte à la fois, comme un rituel, une transe qu’insinue ce mélange de musiques écrites également par les artistes.

Un spectacle fragmenté et puissant, innovant et interpellant, qui interroge notre rapport à l’autre, à la société, aux choses avec une acuité constante.

Désormais séparé à la ville, mais uni à la scène, ce couple, au four, au moulin, en cuisine ou à la machine à laver (nos idées) porte aussi ce spectacle par son interprétation. Nerveuse, physique, musclée, colérique et déjantée, Vimala dévoile une incroyable palette lorsqu’elle se lance dans son solo d’imitations. Sans parler du poids de la machine à laver que l’actrice porte sur la tête. Et côté acrobaties, son complice n’est pas en reste.

  • Bruxelles, Halles de Schaerbeek, les 5 et 6 mars, à 20h. De 10 à 20 €. Infos & rés. : 02.218.21.07, www.halles.be