Scènes

Pour la création mondiale en langue française de cette "dissection du couple", Armand Delcampe a opté pour une mise en scène d'une rigueur toute clinique. La scénographie de Lionel Lesire joue un rôle de premier plan, donnant, avec son plancher en damier et ses panneaux mobiles réfléchissants, une véritable leçon de perspective, entre Brunelleschi, Piranèse et Escher.

C'est que les personnages de Joanna Murray-Smith cherchent en permanence à se cadrer dans un univers où le point fuite (leur identité) ne cesse de se mouvoir et même de se dérober. Chevelure longue et argentée, Michel de Warzée campe Rob, critique littéraire sexagénaire, parfaitement heureux en ménage depuis 32 ans avec son épouse Honor (Cécile Van Snick). L'arrivée d'une jeune journaliste ambitieuse (Nathalie Hugo) va l'arracher à cette stabilité, au grand dam notamment de sa fille Sophie (Stéphanie Moriau).

Solidement construite, cette pièce aux accents strindbergiens creuse son sujet jusqu'au vertige en phrases courtes et percutantes, dans une logique implacable qui confronte l'humain à ses insolubles ambivalences. Les quatre comédiens se montrent parfaitement à l'unisson du propos et distillent l'émotion mêlée à la réflexion, à la faveur d'un jeu à l'énergie dense et retenue. Ce qui confère aux brusques explosions - comme la remarquable explication entre la fille et la maîtresse - une puissance redoutable.

Encore le 13 août à Spa, puis du 11 au 26 octobre et du 6 au 23 novembre au Théâtre Blocry, à Louvain-la-Neuve.