Scènes

Inclassable, à nouveau. La Cie System Failure, ayant pour nom le titre de son spectacle inaugural, y convoquait une esthétique futuriste vintage pour interroger une société de plus en plus automatisée et, à travers elle, la société du spectacle. D’expérimentation en temps réel en spéculation sur le théâtre du futur, "System Failure" oscillait sans prétention mais avec aplomb entre performance et science-fiction.

On retrouve dans "Human Decision" - autre titre aux initiales signifiantes - le quatuor formé par Louise Baduel, Leslie Mannès (conceptrices et porteuses du projet), Sébastien Fayard et Sébastien Jacobs, avec aussi Lieven Dousselaere à la composition sonore et Vincent Lemaître à la création lumière.

Etirer l’espace de la fiction

S’ils y portent les mêmes prénoms que dans le premier opus, ils sont devenus des avatars (Véronique125, Thierry23, Helena42, Michel5) représentant les profils de spectateurs qui ont au préalable répondu au questionnaire de leur page interactive. De quoi, confient les créateurs, "créer un temps de réflexion avant le spectacle" tout en stimulant le processus d’identification.

Que nous proposent ces quatre individus distincts mais pareillement vêtus de noir et blanc, sur un tapis immaculé et munis chacun d’une grosse balle noire ? Un "monde optimisé où la défaillance humaine n’a plus sa place". Une "connexion constante et consciente" aux technologies les plus avancées, à l’instar de ce qu’observe voire prône le transhumanisme (lire ci-contre). Quelques "tutos" aussi où suivre les interprètes/personnages hors-scène mais toujours dans leur rôle : huit modules (dont "Comment libérer les nœuds de votre réseau interne") dont deux seront livrés en live.

Play-back et aliénation consentie

Le direct, dans "Human Decision" comme dans le spectacle précédent, s’appuie sur l’usage du play-back. Le procédé - plutôt archaïque à l’heure des micros miniaturisés qui abondent au théâtre - "amène une artificialité dans le corps, et la nécessité de préciser chaque geste, chaque intention", développe Louise Baduel.

Le dialogue sonore fait ainsi intimement partie du projet, entre bruitages, mouvements, voix enregistrées et synthétiques. Car le "Programme" auquel se soumet le quatuor, dans une forme d’aliénation consentie, le bombarde d’injonctions, commentaires et consignes. Hyperconnectés de leur plein gré, les compères s’adonnent tour à tour à des séances de régulation émotionnelle, des exercices de tonicité ou d’endurance, des moments de socialisation, voire une récession d’âge.

Cette spéculation sur les corps hybrides 4.0 se traduit en une forme hybride elle aussi, propulsant avec un délicieux sens de l’absurde l’humain follement faillible dans l’instant millimétré de la représentation.


Transhumanisme

H+ En lien toujours plus étroit avec les technologies, “le corps deviendra-t-il super performant ou totalement obsolète ?” s’interroge la Cie System Failure. Sa démarche questionnante fait écho à un mouvement nommé Transhumanisme (illustré au cinéma notamment par “Terminator”, “Matrix”, “Bienvenue à Gattaca” ou “I, Robot”) et abrégé graphiquement en H+.

Débat "Human Decision” sonde “ce qu’est un être performant, jusqu’à sa façon de vivre avec ses semblables, de gérer ses émotions, ses capacités physiques”, souligne Louise Baduel. Si la technologie fait – avec ses déclinaisons “nano” – indéniablement partie de nos vies, “à nous de décider à quel point on veut s’en entourer, s’en détacher”. Dans ces sphères, le spectacle rejoint le transhumanisme et les débats qu’il soulève : dégradation contrôlée, obsolescence maîtrisée, obsession d’un idéal de santé mentale et physique. À ceci près que, dans l'univers de System Failure, fiction et second degré font loi.


Bruxelles, Brigittines (salle Mezzo), jusqu’au 14 novembre, à 20h30. Durée : 55 minutes. De 8 à 14 €. Infos&rés. : 02.213.86.10, www.brigittines.be ou www.brusselsdance.be

Les 25 et 26 novembre dans le cadre de NEXT, à la Maison de la Culture de Tournai : 069.25.30.80 - www.nextfestival.eu