Scènes

Première journée riche en découvertes aux Rencontres théâtre jeune public, placée sous le signe… de la danse et de la musique.

Très belle surprise en effet avec "Habenera", entre chant, musique et comédie sur le thème bien connu de Bizet. Oui, l’amour est enfant de bohème et la rencontre de l’autre n’est pas toujours aisée. 

Comme nous le conte, joue et chante la compagnie Muzik-E-Motion, nouvelle venue à Huy, même si les comédiens et musiciens Vincent Noiret et Emanuela Lodato ont déjà une solide carrière derrière eux en musique, avec le Duo Nisia - par ailleurs programmé aux Rencontres d’art qui se tiennent également en ce moment à Huy - ou en théâtre.

La contrebasse et les chaussons

Sévère, étranglé par sa cravate, étriqué dans son costume grisâtre, un vieux garçon joue de la contrebasse et se complaît dans cette vie réglée comme le métronome qu’il ne quitte pas des yeux. Déboule alors une chanteuse fantasque dont il tombe amoureux. Mais comment accepter son désordre, son sac jeté au milieu du salon, ses grands foulards et ses cadeaux excentriques ? A force de la recadrer, il pourrait bien la perdre. Jeu d’approche et de poursuite, tendre et drolatique, où les droites deviennent obliques. Les notes et les repères s’envolent, les artistes occupent peu à peu tout l’espace, dans cette mise en scène bien ajustée de Caroline Leboutte, et racontent l’évolution de leur relation, et surtout l’approche de l’autre dans le sens large du terme, au rythme d’une symphonie envoûtante. Ces deux-là vont bien finir par se retrouver, voire s’embrasser. Pourquoi se gêner ? Unis à la ville comme à la scène, ils fêtaient leur anniversaire de mariage le jour de leur première, chaleureusement applaudie.

Trentenaire, quant à lui, le Zététique, qui s’adresse souvent aux adolescents, s’intéresse aussi parfois aux plus petits. Avec talent et succès. On retrouve donc avec plaisir les deux complices de "Petites furies", spectacle de danse pour tout-petits qui fit fureur. Sur le "Qui vive !", Ornella Venica et Melody Willame jouent au chat et à la souris, ou plutôt au chat de gouttière et de salon. Après un début sensoriel, enroulée dans une couette qui devient vite manteau de princesse, la douce Ornella voit débouler dans son cocon, Melody, toujours en furie. Confrontation et changement de rythme intéressant, entre le blanc et le noir, le calme et l’énergie, le yin et le yang, dans une scénographie inventive et tout en lamelles pailletées de Sarah De Battice.

Derrière ces pas de danse, coups de griffes et rouler-bouler se développe la thématique de la rencontre, de la découverte de l’autre, de la peur et de l’apprivoisement. Un thème souvent exploré en jeune public. Tout frais, ce "Qui vive !" manque encore un peu de vivacité et la tension des danseuses était palpable tant il est difficile d’ouvrir les Rencontres. Il suffira de deux ou trois représentations pour roder le spectacle qui a certainement de beaux jours devant lui. Les compagnies, il est vrai, arrivent souvent ventre à terre. De leur présence aux Rencontres dépendent leurs deux ou trois années à venir. Il ne faut donc pas rater le rendez-vous.

Voir aussi nos autres articles et vidéos sur la libre.be à propos, entre autres, du spectacle de hip-hop "Cyborgs’ Quest" de Slayers impulsion.