Scènes

Ils sont trois, leurs prénoms commencent par un «L» comme Lili, Lucien et Léon, trois piliers du «Cercle des amis de la chanson d'amour» qui ne reculent devant rien pour la tendresse d'un refrain. Les voici par monts et par vaux en quête d'une écriture plus contemporaine de la chanson d'amour. Il n'est pas exclu que le public présent aux 20es Rencontres Théâtre Jeune Public à Huy soit mis à contribution pour une déclaration dans cette nouvelle création d'Une Compagnie, laquelle vient d'offrir un «Cabaret du bout du monde» très apprécié au Théâtre le Public. Avec «Brousailles» ou «Echange Clarinette», Une Compagnie avait fait souffler un vent nouveau sur le jeune public tout en proposant des spectacles plutôt tout public; précision d'apparence surréaliste. Et surtout artistiquement insensée - comme le disait Ariane Mnouchkine, quand un spectateur va au théâtre et qu'il est content, il a cinq ans. Cette classification compte pourtant quand on sait que les comptes, précisément, y sont étroitement liés. Plus nombreux sont les convives à partager le gâteau, plus «light» seront les parts déjà pauvres en graisse. Or, là comme ailleurs, l'argent reste le nerf de la guerre voire de la révolution, toujours sous-jacente.

En effet, pour «mériter» leur contrat-programme, bénéficier des subsides indispensables à la création ou d'aides à la diffusion, les troupes de théâtre pour l'enfance et la jeunesse, tels de bons élèves, sont obligées de se présenter aux Rencontres de Huy, d'y jouer plusieurs fois devant un public de professionnels et ce sans toucher le moindre kopeck.

Éclaircies créatrices

Ce festival de théâtre pour l'enfance et la jeunesse, prévu du 17 au 24 août avec 28 spectacles et le double au moins de représentations à l'affiche, n'en est donc pas vraiment un. Ce qui fait grincer les dents des compagnies chaque été et l'on s'attend, d'ores et déjà, à l'une ou l'autre (légitime) revendication.

On prévoit surtout de belles éclaircies créatrices dans un ciel contrasté, chargé de belgitude, de tendresse, de jubilation, de nostalgie ou d'avant-gardisme. Jaco Van Dormael est déjà passé par là et la fabuleuse atmosphère d'Amélie Poulain règne depuis longtemps dans les pièces imaginées par des artistes follement humains voire humainement fous qui, chaque année, veillent à enchanter ou réveiller les plus jeunes, toujours soucieux et désireux d'offrir la culture à ceux qui n'y auraient peut-être jamais accès sans eux; sans surtout une politique culturelle veillant à davantage de démocratie. C'est pourtant là, on l'aura compris, que le bât blesse. Sans doute y reviendra-t-on car Huy sans revendications, c'est un peu comme un tour de France sans dopage.

Regarde !

Revenons au menu. Rare spectacle pour les tout-petits, «Look!» de la Compagnie Iota s'adresse aux classes d'accueil et à la première maternelle. Inspiré du monde géométrique et des couleurs, le puzzle proposé formera une structure stimulant l'éveil et l'imagination des plus jeunes rythmés par des compositions chantées a cappella.

Socialement inscrite en Wallonie, Iota est une compagnie flamande qui offre elle aussi un vent nouveau au théâtre jeunes publics, surtout par son approche de la toute petite enfance, du mouvement et des arts plastiques. Où le théâtre, parfois, reste en périphérie.

Prometteur également, le «Pénélope» de la Compagnie Félicette Chazerand et de Parcours ASBL. Jeune ou vieille, Pénélope, princesse et reine du temps, a pour amie l'attente, laquelle pourrait s'avérer délicieuse si elle a les atouts d'une certaine «Carte Postale» également signée Félicette. Danse, ici, plus que théâtre.

Nouvelle venue en théâtre jeunes publics, la Compagnie «Elles» promet, avec «Ce qu'il y a dedans», un spectacle sensible alliant danse et trapèze pour 46 minutes sous chapiteau. Cirque alors !

Théâtre de la Communauté germanophone, l'Agora dédie «Mon premier instituteur» aux enseignants qui aident les enfants à vivre et survivre et pourrait à nouveau surprendre tant par la forme que par le fond, avec cette approche si différente qui le distingue et fit l'objet, l'hiver dernier, d'une Carte blanche au Théâtre de la Vie de Bruxelles devant un public «normal». Intellectuellement plus berlinois que bruxellois.

Pendant ce temps, à Avignon, au Théâtre des Doms, Luc Dumont, auteur et metteur en scène de «Trente-deux/dix» remarqué à Huy l'an dernier, entre dans la cour des grands, puisqu'il n'est pas programmé en jeune public, et dévoile son talent à de nombreux spectateurs, Belges ou autres, qui ignoraient jusqu'à son existence alors que dans le petit giron du théâtre pour l'enfance - un genre de plus en plus difficile à définir -, il est reconnu. D'où l'intérêt de faire sauter les frontières.

© La Libre Belgique 2004