Scènes Mercedes Dassy explore l’intersection du féminisme et de la pop culture. Création à la Balsamine.

"Ma génération évolue dans une société qui a mis le féminisme "à la mode", souligne Mercedes Dassy, danseuse et chorégraphe née en 1990, évoquant tant les concerts de stars mondiales que les arrêtés français anti-burkini. "Mais cette popularisation du féminisme est-elle une réelle prise de pouvoir ? […] une vraie revendication ou une récupération marketing ?"

Sans soulever toutes les questions ni a fortiori y répondre, la jeune performeuse tente de dresser dans "i-clit" un bilan de l’état du féminisme contemporain, en incluant ses contradictions. Pour schématiser : puis-je lire Beauvoir et me régaler des clips de Beyoncé ?

Icônes et contradictions

C’est avec les codes des icônes féministes de la pop culture qu’elle entame son spectacle. Dans la petite salle de la Balsa, le plateau est nu, ceint de murs en blocs de béton. Cette matière brute est surmontée de deux rangs de néons convergeant vers le fond de scène. Et la danseuse endosse pour commencer un personnage charismatique - petite veste de fourrure et nombreuses chaînes qui brillent incluses - dans une réinterprétation de "Flawless", titre phare où la star américaine Beyoncé reprend les mots de l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie (autrice du roman phénomène "Americanah").

Dans la suite de la performance, Mercedes Dassy aborde en plusieurs tableaux - et avec un puissant engagement tant physique que plastique - l’invasion des images et des discours. Le corps conscient, confiant ou contraint. Le corps présent, représenté, confisqué, revendiqué. Le règne de l’injonction paradoxale.


Un tel spectacle, tout dépouillé qu’il soit, ne se monte pas en quelques mois. Le processus de création d'"i-clit" a commencé bien avant que n’éclate l’affaire Weinstein. Mais ses conséquences dont l’importante vague #MeToo en accentuent les résonances.

Se réapproprier son corps et son identité

Les vagues féministes se succèdent, se superposent, s’entrechoquent parfois. Le féminisme d’aujourd’hui, protéiforme, hypersexué, voire en perpétuelle mutation, ne peut faire abstraction des corps qui le portent, pas plus que des interrogations que soulèvent ces incarnations. C’est sans jugement mais avec un regard critique que Mercedes Dassy se pose, dans le grand peuple des femmes, en observatrice participante de la manière de se réapproprier son corps et son identité.

"I-clit", dit-elle, "est un manifeste du corps, de la chair et du sexe féminin en soi, non pour servir à autre chose". En somme, une audacieuse tentative de démystification du sexe féminin doublée d'une franche dénonciation de toute censure et instrumentalisation - à l'heure justement où d'aucuns pérorent sans fin sur la profondeur du décolleté d’une députée dans une émission de télévision quitte à oblitérer purement et simplement son propos.

  • Bruxelles, Balsamine, jusqu’au 3 mars, à 20h30. Dans le cadre de Brussels Dance. Durée : 55 minutes. Infos & rés. : 02.735.64.68, www.balsamine.be