Scènes

Dès le premier regard, dès le premier geste et le premier mot de Laurence Vielle, on perçoit à quel point le mot "incarner" prend tout son sens. Littéralement habitée, comme illuminée de l’intérieur par son personnage mystique, elle vit de tout son corps le long poème de Laurent Fréchuret, "Sainte dans l’incendie", créé il y a trois ans à Paris et désormais accueilli au Théâtre Poème 2. Ce texte à la fois lyrique et cru, d’une beauté stupéfiante, l’auteur et metteur en scène, ancien directeur du théâtre de Sartrouville, l’a réécrit et assemblé pendant plus d’une dizaine d’années.

Dans cette "rêverie éveillée", Jeanne fait le récit de son itinéraire étonnant, à la fois protagoniste et narratrice. Depuis sa naissance avec sur la peau une tache qui prédit "tu vieilliras mal" et son enfance dans sa campagne lorraine, à Domrémy au XVe siècle, jusqu’à sa mort bien connue sur le bûcher après un procès pour hérésie, Laurence Vielle raconte et vit. Emerveillée par le vol d’un papillon, les pleurs d’un dahlia ou le souffle du vent, l’enfant se réfugie plus souvent dans les églises que dans les champs après sa première illumination où la Vierge Marie lui parla. Devenue une jeune fille, elle ne peut plus faire un pas sans que des saintes lui apparaissent. Jeanne écrit au dauphin, Charles, le rencontre, lui explique qu’elle doit sauver la France alors en guerre contre l’Angleterre. A dix-huit ans, Jeanne couronne le roi de France à Reims.

Puissance de l’imaginaire

Cette comédienne singulière a une manière très particulière d’interpréter la jeune héroïne. De sa voix et de tout son corps, chaque mouvement illustre et rythme le texte intense de pure poésie, comme une partition habitée. Incandescente, hallucinée pleine de grâce, la curieuse et touchante Laurence Vielle joue avec les mots et suscite par l’imaginaire des images puissantes.

Bruxelles, Théâtre Poème 2, jusqu’au 30 novembre. Durée : env. 1h05. Infos & rés. : 02.538.63.58.; www.theatrepoeme.be