Scènes

Le rideau va de nouveau se lever, du 17 au 24 août, sur toutes les créations concoctées par les compagnies jeune public pour la saison théâtre à l'école, ou familial, à venir. Comme à la veille d'un vrai festin, culturel en l'occurrence, on salive déjà, on se prépare, on se fait beau, dans la tête en tout cas. Car on sait que la fraîcheur et la joie seront au rendez-vous de ces Rencontres de théâtre jeune public, avec, en prime, quelques essentielles questions existentielles glissées, comme il se doit, entre la poire et le fromage (lire le menu détaillé de cette semaine hutoise dans «La Libre Culture»).

On espère un ciel azur et, afin de ne point passer pour un oiseau de mauvais augure, on cache au fond de la malle le parapluie emporté en cas d'averse. C'est que le mois de mai fut orageux pour tous les comédiens belges, que le théâtre jeune public a participé activement aux manifestations et revendications des artistes et qu'il est grand temps d'y faire écho.

À QUAND MOINS DE MÉPRIS?

Membre du groupe des sept, dont Philippe Van Kessel du Théâtre national de la Communauté française et Jean-Louis Grinda de l'Opéra royal de Wallonie, reçu le 31 mai à la Communauté française par Hervé Hasquin, ministre-Président, Richard Miller (Arts et lettres) et Rudy Demotte (Budget), Alain Moreau a porté haut et fort les réclamations du secteur jeune public. Sous-estimé depuis de trop longues années, celui-ci touche pourtant, avec près de 3 000 représentations par saison, plus de 500 000 enfants par an, appelés pour certains à devenir les spectateurs de demain. Alors «A quand?» interroge Alain Moreau au nom de la Chambre des théâtres pour l'enfance et la jeunesse qui représente une cinquantaine de compagnies. «A quand le jour où l'on comprendra que nous avons choisi de nous adresser au jeune public non pas comme un pis-aller mais par choix véritable? A quand moins de mépris de la part de nos ministres de tutelle? A quand le jour où l'on ne devra plus jouer nos spectacles près de 200 fois par saison pour survivre, pour se rendre compte ensuite qu'on ne peut toujours pas payer nos comédiens, nos metteurs en scène, nos scénographes durant le temps de création? A quand un subside extraordinaire pour l'achat de prozac pour nos comédiens et régisseurs épuisés? A quand le jour où le théâtre soi-disant pour «petits» n'ira plus de pair avec petites subventions? A quand le temps où notre réputation d'ambassadeurs les plus actifs du théâtre de la Communauté française de Belgique à travers le monde ne sera plus notre seule gratification pour vivre? A quand le jour où les huissiers de justice ne viendront sonner à notre porte que pour nous dire bonjour?... A quand un exode de nos compagnies au-delà de nos frontières?»

Telles sont donc les principales plaintes d'une branche qui, on l'aura compris, souffre de non-reconnaissance chronique - même s'il est formidable qu'en Belgique la majorité des enfants aient accès au théâtre pour une somme (environ 150 francs) à la portée de toutes les bourses via le théâtre à l'école. Ne l'oublions pas. Il est des régimes où ces démarches-là relèvent tout simplement de l'utopie.

Toujours est-il que depuis cette manifestation, un petit pas a été franchi en incluant le jeune public dans la Fas (Fédération des professionnels des arts de la scène). Encore deux ou trois chiffres: le théâtre jeune public bénéficie actuellement de 134,300 millions de subsides au lieu des 150 millions souhaités depuis 1994, et d'environ 25 millions d'aide à la diffusion. Pour vivre décemment, le secteur aurait besoin aujour- d'hui de quelque 180 millions. Rangeons là le parapluie.

Vendredi débutent des Rencontres prometteuses avec 25 créations pour 800 festivaliers, professionnels du théâtre, programmateurs, enseignants, parents mais aussi grand public pour lequel, et pour la première fois, une représentation supplémentaire est souvent prévue; bonne nouvelle sinon que les comédiens devront une fois de plus jouer gratuitement.

Quoi qu'il en soit, huit jours durant, les joyeux drilles présents à Huy plongeront gaiement la tête la première dans l'eau claire ou tumultueuse de l'enfance. Alors suivons-les!

© La Libre Belgique 2001