Scènes

« Je ne suis pas un héros » chantait Daniel Balavoine. Josse de Pauw ne dit pas autre chose dans son monologue qui est comme une longue réflexion, souvent lente et répétitive comme une litanie, sous le titre « Les Héros », créé au KVS.

Il est seul en scène, formidable de présence, ressemblant de plus en plus à un sage chinois, rasé avec une longue barbe et racontant par bribes, le traumatisme qu’il a vécu (son personnage). Quand se promenant le long d’un canal, un petite fille est tombée à l’eau et qu’il n’a pas pu la sauver car il ne savait pas nager. Pouvons-nous encore être des héros ? Risquer notre vie pour en sauver d’autres ? Aurions-nous été des héros à la guerre ?

Avec sa voix et son aura physique, Josse De Pauw se ronge avec ces questions.

Il a cherché dans la philosophie de Schopenhauer une réponse mais celui-ci explique que le héros est celui qui, mis brusquement devant un choix où il risque sa vie, se rend compte que la vie est une, liant tous les êtres ensemble. Ce que le personnage de Josse De Pauw n’a pas fait.

Il rappelle des exemples historiques de héros magnifiques comme cette femme blanche qui avait pris un Noir en stop après une manifestation anti-raciale aux Etats-Unis et fut tuée avec son passager par le Ku-Klux-Klan.

Le sort tragique de cette fillette, symbole de la vie et de l’innocence, n’a cessé de tarauder sa conscience.

En contrepoint de cette réflexion existentielle, scandée comme une obsession, il y a la musique. « Les Héros », c’est du théâtre musical comme en produit Lod à Gand, avec la musique créée par Dominique Pauwels, légère, en sons cristallins, mais déchirée de temps en temps par une musique tonitruante et automatique jouée par des trompettes et des percussions mécaniques.

A un moment, Josse De Pauw quitte les mots impuissants pour se montrer à nu dans tous les sens du terme et s’enfermer dans un caisson transparent et y peindre de grands traits aux couleurs de l’automne, aux couleurs de sa peine.

Un monologue fait pour Josse De Pauw et qui ne tient que par lui, une introspection désespérée, où il porte à la fin sur un sommet illusoire, le drapeau noir de la mélancolie.


« De helden » surtitré en français, jusqu’au 24 février, au KVS, à Bruxelles.